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du gouvernement intérimaire de Don Jacinto San-Juan, mais nous laisse supposer qu'il eut aussi à subir, soit une révolte ouverte, soit une conspiration (1). Ce fut le chevalier de Santiago, Don José Antonio Gil, qui, probablement dans les premiers mois de 1762, vint prendre de ses mains le gouvernement de l'île (2). Il eut aussi à subir les hostilités du cabildo, mais non pas au Port-d'Espagne où, comme ses prédécesseurs, il s'était mis à l'abri de ses coups. Cette fois encore, le lieu choisi pour la conspiration fut Santo-Tomé de Guayana, et le but poursuivi par les conspirateurs, l'accusation du gouverneur par devant l'audience royale de SantaFé de Bogota, à l'aide de faux témoignages recueillis dans cette ville. Ces faux témoins, disent les archives de la corporation, étaient « des individus de basse extraction, de méchantes dispositions et de vicieuses habitudes, qui n'avaient quitté la Trinidad que pour aller mener à l'étranger une existence vagabonde et paresseuse (3). » La conspiration échoua encore une fois par la dénonciation du gouverneur de Guayana, dans les derniers

(1) Ces mutilations se rencontrent fréquemment; on est certain d'en trouver à chacune des conspirations du cabildo. Dans les années 1761 et 1762, notamment, plusieurs feuilles des minutes des séances ont été arrachées.

(2) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., p. 62.

(3) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., p. 63. — M. E.-L. Joseph équivoque sur ce texte; d'après lui, ces vagabonds n'auraient pas quitté notre île pour aller à Santo-Tomé, mais nous seraient venus, au contraire, des îles voisines. Le parti pris de cet écrivain de représenter ces îles voisines comme des repaires de vagabonds est, à partir de ce moment, le pivot de son travail sur la Trinidad.

jours de décembre 1764. Des perquisitions faites aux domiciles des alcades au commencement de l'année suivante amenèrent la découverte de nombreux papiers soustraits au cabildo, et un procès criminel fut intenté à l'alcade de la Santa-Hermandad, lequel le cabildo, contrairement aux ordres formels de la cour d'Espagne, eut l'audace de vouloir remplacer, pour continuer à harceler le gouverneur, par un des amnistiés de la rébellion contre Don Estevan Simon de Liñan y Vera. Le gouverneur, appuyé par une partie de la population, vraisemblablement celle du Port-d'Espagne, eut raison de la conspiration, dont le résultat le plus net dut être une notable diminution des habitants déjà si clair-semés des environs de Saint-Joseph (1). Dans les premiers mois de cette année 1765, le gouverneur Don José Antonio Gil eut ordre de procéder à des enquêtes de residencia, chacune dans sa propre juridiction cette fois ; la première au Port-d'Espagne, sur l'administration de l'avant-dernier gouverneur de la Trinidad, Don Pedro de la Moneda , la seconde à la Marguerite, sur celle de son ex-gouverneur Don Alonzo del Rio ; et la troisième à Cumaná, sur celle de son ex-gouverneur Don José Diguja (2). Après la tenue de la première enquête, le gouverneur, à la veille de son départ pour Cumaná et la Marguerite, convoqua le cabildo au Port-d'Espagne, par cause de maladie, paraîtil. C'est avec satisfaction que l'on voit la corporation

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., p. 64 et seq. (2) Id., ibid., p. 66.

se soumettre à cet ordre, et aller tenir dans cette ville ses deux séances des 13 et 14 août 1765. Dans la seconde de ces séances, le gouverneur annonça au cabildo qu'il avait nommé Don Juanrde Bruno lieutenant gouverneur de l'île pendant son absence. Ce fut sous ce gouvernement intérimaire que furent jugés les chefs des deux conspirations ourdies à Santo-Tomé de Guayana ; le dépositaire des revenus royaux et le procureur syndic furent condamnés à la perte de leurs droits civils pendant six ans. Par suite de cette répression, certes bien modérée, il convient de noter que le pays se trouva à ce point dépourvu d'hommes capables de remplir les fonctions publiques, que, aux élections de 1766, les membres du cabildo de 1765 durent être réélus. Ce triste état de la population paraît pourtant n'avoir pas mis un terme aux conflits, puisque, dans les trois premiers mois de cette année 1766, il se trouve plusieurs feuilles arrachées des archives du cabildo (1). Don José Antonio Gil ne retourna plus à la Trinidad; ce fut le capitaine au régiment d'infanterie de Lisbonne, Don José de Flores, qui, le 5 avril 1766, vint relever Don Juan de Bruno de ses fonctions. Sous ce nouveau gouvernement, les agitations tracassières du cabildo suivirent leur cours accoutumé. Bien que muettes sur les détails de la conspiration, les archives de la corporation nous laissent néanmoins savoir que les chefs en furent les deux alcades et le premier régidor, et que la victime visée fut, comme d'ordi

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., naire, le gouverneur. Ces archives sont pauvres de renseignements ; pendant les sept années de cette administration, elles ne présentent que trois séances en dehors de celles consacrées aux élections annuelles. Aux deux premières de ces séances, qui se tinrent en 1770 et 1771, il est question d'une épidémie de variole qui vint encore décimer la maigre population de l'île, et de la mort du docteur Juan Bez, le seul médecin de la colonie, et de son remplacement par M. Jacques d'Albuquerque, lequel, disent naïvement les archives de la corporation, « a présenté des certificats en langue française et a l'air d'être médecin. » A la dernière séance, qui eut lieu en 1772, un nouvel appel est adressé aux habitants des environs de Saint-Joseph, pour qu'ils viennent réparer la salle du cabildo et leurs maisons de ville, et qu'ils sortent des bois, où ils vivent, pour habiter Saint-Joseph et « lui conserver le nom de ville (1). » Ce langage laisse percer le découragement des Espagnols dans la lutte de prépondérance entre les deux villes rivales; mais, bien que découragés, ils persévéreront dans leur aveugle résistance à la force naturelle des choses, et, pendant dix années encore, nous continuerons à voir le cabildo tenir ses séances dans une ville, et le gouverneur résider dans l'autre. Ce ne fut pas con amore, on le pense bien, que Don José de Flores gouverna la triste et turbulente colonie ; il ne cessa de solliciter la cour d'Espagne à le relever de ses fonctions. Enfin, il eut avis que le capitaine

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., 68 et seq.

général de Caracas avait été chargé de lui donner un successeur, et, le 31 mars 1773, il eut la satisfaction de remettre ses pouvoirs au capitaine Don Juan de Dios Valdez y Varza (1). Les deux premières années de cette nouvelle administration ne laissent aucune autre trace, dans les archives du cabildo, que le tarif dont il a été question plus haut. Deux mois plus tard, le 12 mai 1775, il y est fait mention d'une ordonnance de l'audience royale de Santa-Fé, commissionnant Don Juan de Dios Valdez y Varza pour se transporter à SantoTomé de Guayana, et y notifier et y faire exécuter la sentence finale rendue par elle en faveur des pères Capucins de la province, dans le procès vidé entre eux et le commandant de la place, relativement à l'administration des hatos ou domaines de pâturages, appartenant à la communauté religieuse (2). Puis arrivent les inévitables conflits avec le cabildo. Aux élections de 1776, l'homme le plus turbulent et le plus méchant (textuel) de la population est nommé alcade de seconde élection, et la guerre devient imminente ; mais le gouverneur déjoue cette machination. Homme énergique, paraît-il, il annule l'élection et nomme à cette fonction quelqu'un de paisible sur lequel il pouvait compter, et que le cabildo fut forcé d'accepter. Après avoir ainsi assuré son autorité sur la malicieuse corporation, il chercha ensuite et trouva bientôt l'occasion de combattre son orgueil et son antipathie pour la nouvelle

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms.,

p. 71.
(2) Id., ibid., p. 75.

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