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mière de ces peines (1). Les commandants avaient aussi la charge d'enrôler dans la milice les hommes valides de leurs quartiers, et de les incorporer dans les compagnies du centre de population le plus voisin; ces compagnies étaient chacune de trois escuadras ou escouades (2). Pour l'accomplissement de ces différents devoirs, un employé et un ou deux alguazils étaient attachés à chacun de ces commandants; dans les quartiers les plus importants, il avait droit aussi à un adjoint-commandant.

Le pays était encore si désert à l'arrivée de Don José María Chacon que, sans craindre d'exagérer, on peut dire qu'il eut à créer toute son administration. Il réorganisa le cabildo en limitant ses pouvoirs, doubla le nombre de ses membres pour le rendre plus efficace, et le dota, à titre de propriétés municipales, de quelques terrains vagues du bord de mer propres à la construction de baraques pour la vente du poisson et des salaisons (3), et des trois îlots de Monos, Huevos et Pato (4); il fit des règlements de police (5), et institua une garde urbaine de huit hommes et un commandant (6), indépendamment de la police municipale; il

(1) Tradition de famille.

(2) Free Mulatto, Address to Earl Bathurst, App. A, p. 221 et seq.

(3) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., p. 109.

(4) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., p. 121.

(5) Id., ibid., p. 91.
(6) Id., ibid., p. 121.

réglementa l'exercice de la médecine de manière à en empêcher la pratique par les curiosos ou guérisseurs (1), et forma un comité de médecins de quatre membres, l'origine de notre Medical Board, ou conseil médical actuel, pour prendre les mesures nécessaires à la protection de la colonie contre l'envahissement des maladies épidémiques (2); il tarifa les honoraires des fonctionnaires (3) et des arpenteurs (4), et la vente du pain (5) et de la viande (6), pour empêcher les exactions et la fraude; il fonda au Cabildo des archives publiques pour l'enregistrement des contrats, ventes et hypothèques (7); il fit venir d'Espagne des étalons de poids. et mesures (8), et établit des balances publiques; il fit aussi venir d'Angleterre deux pompes à feu (9), pour le service desquelles il organisa des corps de pompiers (11), il fit séquestrer les lépreux hors de la ville (12), et appointa un médecin pour la visite des pharmacies (13) et des navires entrant en rade (14);

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813 ms., p. 109.

(2) Id., ibid., p. 129.
(3) Id., ibid., p. 122.
(4) Id., ibid., p. 91.
(5) Id., ibid., p. 91.
(6) Id., ibid., p. 154.
(7) Id., ibid., p. 99.
(8) Id., ibid., p. 123.
(9) Id., ibid., p. 117.
(10) Id., ibid., p. 134.
(11) Id., ibid., p. 149.
(12) Id., ibid., p. 149.
(13) Id., ibid., p. 95.
(14) Id., ibid., p. 144.

enfin, il institua, afin de sauvegarder tous les intérêts, deux « pères des orphelins (1) ► élus parmi les regidores du cabildo, et un « défenseur général des absents (2), ) ct un « procureur des pauvres (3), ) choisis tous deux parmi les meilleurs légistes de la ville.

Dans cette grande lâche de la fondation d'une colonie dans une île déserte, le gouverneur fut puissamment aidé par les nouveaux colons. Étranger aux besoins des populations américaines, il faisait son profit des conseils éclairés qu'il recevait de ces hommes d'ordre et de conservation sociale, en grande partie créoles ou Européens depuis longtemps fixés en Amérique. En leurs différentes capacités de commandants de quartiers, de membres du cabildo, d'alcades de barrio, et même d'arpenteurs, de médecins et de négociants, il en recevait les plus éminents services. La plupart des mesures les plus avantageuses à la prompte et bonne organisation de la naissante colonie venait de l'initiative de ces étrangers, désormais si fortement attachés à leur nouvelle patrie. Nous avons déjà vu que ce fut à M. de la Forest que fut confiée la confection de notre célèbre code noir; ce fut encore de lui qu'émana la proposition de construire un quai, et de frapper d'un impôt de 1/4 pour 100 les marchandises à leur débarquement sur ce quai (4); ce fut M. de Deshayes qui eut le premier le

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., p. 142.

(2) Id., ibid., p. 120. (3) Id., ibid., p. 142. (4) Id., ibid., p. 121.

projet de la conduite des eaux de la rivière de SainteAnne en ville, projet qui ne fut réalisé que plus de soixante ans plus tard (1); ce fut M. le comte de Percin de la Roque à qui revint l'honneur de l'admission des Caraïbes noirs de Saint-Vincent (2); ce fut enfin le commerce de la ville qui eut le désintéressement de se faire imposer un droit de 2 1/2 pour 100 sur les importations, pour être affecté à la construction d'une prison, d'un théâlre et autres édifices publics (3). Chacun tenait à honneur de faire le plus de bien au pays; et cette noble émulation produisait l'accord le plus parfait entre l'administré et l'administration. La colonie était lellement attachée à son gouverneur que, dans la crainte de le voir remplacer par un autre, elle adressa à la métropole, dès le commencement de 1788 (13 avril), une pétition signée par tous les membres du cabildo, tous les commandants de quartier et tous les alcades de barrio, pour demander, au nom de la communauté entière, que le terme du gouvernement de Don José María Chacon fût prolongé de cinq ans.

La métropole, de son côté, les yeux désormais ouverts sur l'importance d'une Trinidad fortement constituée, semble avoir voulu faire assaut de générosité et de dévoûment envers la colonie, avec ses colons et leur gouverneur ; non seulement elle leur accordait toul ce

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., p. 107.

(2) Id., ibid., p. 95.
(3) Id., ibid., p. 94.
(4) Id., ibid., p. 102.

qu'ils demandaient, mais elle allait au devant de leurs désirs. En 1786, pour obvier aux inconvénients qui résultent du trop grand éloignement d'une cour d'appel, elle créa une audience royale à Caracas, et soumit l'ile à sa juridiction (1), en la détachant de celle de SantaFé de Bogota ; puis, en 1791, pour la détacher admiinistrativement de la capitainie générale de Caracas, elle y fonda une intendance royale dont le gouverneur fut l'intendant (2). Cette fonction conférait les facultés les plus vastes sur l'agriculture, le commerce et la navigation ; elle avait aussi dans ses attributions : la perception et la répartition des impôts, la gestion des recettes générales et particulières, l'administration des revenus municipaux, des octrois et du fisc, la disposilion des terres de la couronne, la sanction des contrats entre le fisc et les particuliers, la nomination provisoire aux fonctions publiques, et enfin la faculté de révoquer et de poursuivre en justice les fonctionnaires (3). Par la création de cette intendance, on voit que le cabildo perdait tous ses pouvoirs, et devenait un simple corps consultatif et municipal sous les ordres du gouverneur, son président. La Trinidad ne renoua certains rapports administratifs avec la capitainie générale de Caracas qu'en 1793, lorsque la cour du consulado ou consulat У fut établie. Ce tribunal connaissait, en première ins

(1) Blanco, Documentos para la historia del Libertador, t. I, no 168, Siv, p. 214.

(2) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms.,

p. 119.

(3) Baralt, Historia de Venezuela, t. I, ch. xv, p. 293.

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