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tance, des contestations et litiges sur les obligations, les droits, les contrats et toutes les opérations du commerce en général (1); il nommait au Port-d'Espagne un consul sous-délégué dont les décisions étaient portées en appel par devant l'intendant (2).

Toutes les mesures de la métropole à l'égard de la colonie témoignent de sa vive sollicitude pour elle. Dès le 30 janvier 1786, une cédule royale, datée d'El Prado, amplifie les privilèges accordés aux nouveaux colons par la cédule de colonisation ; elle porte : 19 que, en place de la demi-dime de 5 pour 100 exigible par l'article xi de cette cédule, il ne sera perçu que 1/4 de dîme ou 2 1/2 pour cent; 2° que, pour l'alcabala de 5 pour 100 exigible par l'article xii de la même cédule, il ne sera perçu à l'avenir que 2 1/2 pour 100 seulement; 3o que le privilège de navigation sous pavillon étranger accordé par l'article xiv de la même cédule, pour jusqu'à la fin de l'année 1786, est prorogé jusqu'à la fin de l'année 1788 ; 40 enfin, que le droit de 5 pour 100 å l'importation des esclaves, exigible par l'article xv de la même cédule, est et demeure aboli pour toujours, et que celui de 5 pour 100 å leur exportation est réduit seulement à 3 pour 100 (3). Une seconde cédule royale, du commencement de 1790, prolonge de dix années la liberté de commerce accordée par la cédule de coloni

(1) Baralt, Historia de Venezuela, t. I, ch. xv, p. 204 et seq.

(2) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., p. 151.

(3) Id., ibid., p. 95.

sation (1). Une troisième cédule royale, du 20 avril 1790, autorise le gouverneur à faire un emprunt d'un million de dollars à l'étranger pour les besoins de l'agriculture (2). Enfin, un ordre royal du 29 janvier 1791 accorde aux colons étrangers les droits et privilèges de sujets espagnols, après cinq années de naturalisation et de résidence dans l'ile (3). Par ces mesures de plus en plus libérales, il est évident que l'Espagne entendait faire de la Trinidad une colonie populeuse et riche ; elle voulait en faire aussi l'entrepôt de son commerce avec le continent voisin, et une de ses stations navales en Amérique (4). Son projet était d'utiliser la belle baie de Chaguaramas, située dans le golfe de Paria, å huit milles à l'ouest du Port-d'Espagne, comme port militaire et commercial. Cette baie, abritée des vents de tout côté, est un bassin vaste et profond, où les plus gros vaisseaux peuvent venir mouiller à quai; elle peut être aisément défendue par des feux croisés partant de la Pointe-Gourde, de l'ilôt de GasparGrande et de ceux de Diego. Un canal, aujourd'hui existant à l'état d'ébauche, devait unir celte baie à celle du Carénage, et offrir une communication rapide avec le Port-d'Espagne, au moyen de bateaux plats. Le gouverneur avait fait dresser par son secrétaire le plan des travaux à exécuter, qu'il avait envoyé en Espagne ; mais, bien que pressé par le ministère, qui lui offrait

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms.,

p. 115.

(2) Id., ibid., p. 115.
(3) Id., ibid., p. 121.
(4) Thompson's Alcedo's Dictionary, art. Trinidad.

des troupes et l'argent nécessaire pour le travail, de meltre la main à l'ouvre, il voulait marcher pas à pas, et demandait qu'on lui envoyât d'abord des ingénieurs, pour examiner son plan et s'occuper de la construction de la forteresse, de l'hôpital et des casernes de la PointeGourde (1).

Indépendamment de toutes ces mesures en vue de la protection et de l'expansion de la colonie, l'Espagne accordait aussi de précieux secours aux nouveaux colons pour l'avancement de leur agriculture. Par les articles 21, 22 et 23 de la cédule de colonisation, nous avons vu qu'elle leur promettait du bétail, de la farine de froment, et des outils et instruments de labour, au prix coûtant; non seulement elle les leur livrait å vil prix, mais encore payables å terme, du produit de leurs récoltes. Elle leur livrait aussi dans les mêmes conditions, quoique sans engagement de sa part, des esclaves de la compagnie anglaise de l'Asiento, MM. Baker et Dawson, mais en nombre insuffisant (2). A la même époque, deux nouveaux colons irlandais, MM. Edward Barry et John Black (3), importaient, il est vrai, des cargaisons d'esclaves ; mais ces esclaves, probablement le rebut des cargaisons arrivant de la côte d'Afrique dans les îles anglaises, mouraient comme des mouches : sur quarante de ces malheureux, achetés au commencement de 1785, il n'en resta de vivants, au bout de trois jours,

(1) De Léry, Mémoire sur l'ile de la Trinité, 1786, ms. (2) Id., ibid.

(3) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms.,

que cinq ou six (1). Pour remédier à cet état de choses déplorable, il fut décidé que l'emprunt d'un million de dollars, autorisé par cédule royale, serait exclusivement affecté à l'achat d'esclaves africains; et comme la ville de Londres était alors le grand centre de la traite des noirs, ce fut une maison de cette ville qui contracta pour cette fourniture, entièrement indépendante de celle de MM. Baker et Dawson. Toute agriculture étant impossible sans laboureurs, et les esclaves étant les seuls laboureurs de l'époque, les planteurs en demandaient autant que possible pour faire prospérer la leur; ils ne craignaient pas d'en recevoir surabondamment, « attendu, disent les archives du cabildo, que l'état florissant de la colonie promet des progrès de plus en plus grands, à proportion des secours accordés aux planteurs (2). » C'est au prix de deux cent quatrevingts dollars et å un an de crédit, qu'était livré chaque esclave fourni par la métropole (3). On voit que le prix de ces esclaves avait alors presque triplé.

Selon l'expression du cabildo, l'état de la colonie était, en effet, florissant au commencement de 1793. Sa population qui, à la date de la promulgation de la

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., p. 92, Dans le but de blanchir les deux Irlandais, qu'il ne nomme pourtant pas, M. E.-L. Joseph insinue que cette grande mortalité pourrait bien avoir été occasionnée par les mauvais traitements des colons français, traitements autorisés par un code noir qu'ils auraient fait sur le modèle de celui de Louis XIV, et qui serait autre que celui de 1789. Inutile d'ajouter que ce code est de pure invention.

(2) Id., ibid., p. 124.
(3) De Léry, Mémoire sur l'ile de la Trinité, 1786, ms.

cédule de colonisation, s'élevait à peine au-dessus d'un millier d'habitants, et à 10,422 en 1789, ne pouvail être de moins de 15,000 à 16,000 à cette date ; les villes, les villages et les quartiers se peuplaient å l'envi; les plantations se multipliaient. Au Port-d'Espagne, les marchands étaient nombreux; la place regorgeait de merceries françaises que les lanches de la Côte-Ferme venaient acheter en grand nombre (1). Le commerce d'exportation consistait en sucre, café, coton, cacao et indigo. Toutes les industries, toutes les professions, tous les métiers prospéraient : le bien-être était général. On peut dire sans exagération que les huit premières années du gouvernement de Don José María Chacon furent l'âge d'or de la Trinidad (2). Heureux fruit, de trop courte durée, hélas ! et de trop rare exemple, d'une entente parfaite entre la métropole, le gouvernement local et les colons !

(1) De Léry, Mémoire sur l'ile de la Trinité, 1786, ms. (2) Tradition de famille.

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