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riposter, les Hollandais débarquaient pour débusquer l'ennemi, celui-ci s'enfonçait dans la forêt où, sous le couvert de ces bois impénétrables, il continuait à les accabler de ses projectiles (1). Toute mutilée, l'expédition parvint à la fin à gagner la région des palétuviers du bas de la rivière, où elle se trouva à l'abri de toute inquiétude. Elle reprit alors la mer et s'en retourna à l'Essequibo, honteuse de son insuccès. Deux ans plus tard, en 1672, la Trinidad fut aussi attaquée par les Anglais. Alliés à la France et à la Suède contre l'Espagne, l'Autriche et la Hollande, ils avaient à cœur de se venger des humiliations que leur avait fait subir l'amiral Ruyter dans la précédente guerre, par la dévastation des colonies hollandaises du Nouveau-Monde. Pour exercer cette vengeance, sir Tobias Bridges était parti de la Barbade avec une escadre de six voiles, et avait d'abord abordé à l'ile de Tabago, où il avait exigé une grosse rançon ; puis il avait fait voile pour les possessions continentales des Hollandais (2). Arrivé sur la côte orientale de la Trinidad, qui se trouvait sur son passage, il y débarqua des troupes et de l'artillerie, soit qu'il fût séduit par la beauté des lieux et qu'il voulût y fonder un établissement en concurrence avec celui des Espagnols de la côte occidentale, soit qu'il conçût le projet insensé d'aller attaquer cet établissement ennemi après une marche de quarante milles à travers la forêt vierge. Quoi qu'il en ait été, l'entreprise échoua misérable

(1) P. Gumilla, Orinoco ilustrado, t. I, chap. I, p. 16. (2) Bryan Edwards, History of the B. W. Indies, t. IV, p. 278. ment ; les Espagnols, aidés des Indiens, ne laissèrent aux Anglais ni paix, ni trève, qu'ils ne les eussent chassés de l'île. Le détachement se rembarqua en abandonnant ses canons. D'après le témoignage du R. P. Fray Antonio Caulin, quatre de ces pièces conquises sur les Anglais se voyaient dans l'île en 1759 ; les trois plus légères, qui purent être transportées à Puerto-delos-Hispanioles, y furent mises en service, et la quatrième, de douze, trop pesante pour les moyens de transport dont on disposait alors, fut laissée sur la plage de la Bande-de-l'Est (1). Les Français, à leur tour, vinrent attaquer la Trinidad en 1677, au cours de la même guerre, et un an avant la paix de Nimègue, qui la termina. En cette année, la cour de France s'était résolue à venger les insultes faites au pavillon à Cayenne par les Hollandais, et avait chargé l'amiral comte d'Estrées d'aller combattre la flotte de l'amiral Binkes, en Amérique. En même temps, et pour faire diversion, une frégate du roi, la Sorcière, était confiée au jeune enseigne de vaisseau le marquis d'Angennes de Maintenon, avec mission de courir sus aux Espagnols et de ravager leurs colonies. Nous n'avons à nous occuper ici que de la course de ce corsaire dans la mer des Antilles. Muni de lettres de représailles, le marquis se rend à l'île de la Tortue pour y armer une flottille de flibustiers, et n'éprouve aucune difficulté, on le pense bien, à les faire concourir à son œuvre de dévastation, malgré le

(1) Fr. A. Caulin, Historia de la N.-Andalucia, liv. II, chap. II, p. 110.

désastre qu'ils venaient de subir à Porto-Rico. L'armement terminé, il se met à leur tête et vient frapper son premier coup sur la Trinidad. Les détails de cette agression manquant entièrement, nous ignorons où s'opéra le débarquement et quelle fut la résistance opposée aux agresseurs. Tout ce que nous a conservé la chronique, c'est qu'elle fut fatale aux Espagnols ; la Trinidad fut ravagée, et les flibustiers en tirèrent un butin estimé à dix mille pièces de huit (1). En quittant la Trinidad, le marquis d'Angennes de Maintenon s'en alla ravager et rançonner les villes des provinces de Cumaná et de Caracas, et de celle intermédiaire de Barcelone, nouvellement conquise par les armes du célèbre conquistador catalan Don Juan de Urpin (2). Pendant deux ans il porta les coups les plus sérieux aux colonies espagnoles, concertant ses attaques avec celles du célèbre flibustier de la Jamaïque, sir Henry Morgan. Pour prix de ses services, il reçut du roi sa nomination au gouvernement de l'île de MarieGalante (3). Le résultat de ces ravages fut le complet anéantissement du commencement de colonisation dont jouissaient les quatre provinces formant alors le gouvernement de la Nouvelle-Andalousie. Nous avons déjà vu quel a été le sort de la Guyane à la suite de l'attaque des Hollan

(1) Esquemeling, Bucaniers of America, part. III, chap. Ix, p. 115.

(2) Fr. A. Caulin, Historia de la N.-Andalucia, liv. II, chap. XII, p. 176.

(3) P. Margre, Extrait des arch. de la marine, ms. Voir aux notes de ce chapitre.

dais. Celui de la Trinidad, de Cumaná et de Barcelone ne fut pas plus prospère après l'hostilité des Français. L'île surtout demeura ruinée par la perte de son capital. On s'étonne même, et à bon droit, que, dans une colonie rudimentaire comme l'était la Trinidad à cette époque, une aussi forte rançon que celle de dix mille dollars ait pu être payée. Mais elle le fut sans doute en nature plutôt qu'en espèces, et les esclaves qu'elle possédait à cette époque, en les estimant au chiffre probable d'une centaine de têtes, et au prix courant de cent dollars chacun, ont pu fournir, à eux seuls, le montant du butin. Cette explication fait entrevoir l'état d'extrême détresse dans lequel a dû se trouver le pays pendant les années qui suivirent la catastrophe, dépourvu qu'il était déjà d'industrie et de commerce, et, par suite de l'enlèvement de ses esclaves, manquant dès lors d'agriculture, et même de service domestique. On se demande à bon droit comment les Espagnols, que la prévoyance de Don Antonio de Berrío y Oruña avait établis à deux lieues de la côte, et qui, ainsi placés, avaient si bien su se garer des coups des Hollandais et des Anglais, ont pu se laisser ainsi accabler par les Français. Il faut croire que, cette fois, ·l'ennemi avait réussi, soit à les surprendre, soit à les découvrir dans leurs retraites au milieu de la forêt. Ne les accusons pas d'imprévoyance, car il était bien difficile, sinon impossible, de se mettre à l'abri des coups d'aussi redoutables adversaires que les flibustiers.

Les noms des gouverneurs qui, d'après le colonel Alcedo, semblent avoir présidé aux destinées de l'île et de la Guyane, pendant la période de quarantesept ans qu'embrasse ce chapitre, sont ceux qui suivent (1) :

Don Martin de Mendoza y la Hoz, en 1640.
Juan de Urpin, de 1641 à 1645.
Christóbál de Vera, provisoirement.
Pedro de Brizuela, en 1656.
Pedro de Padilla, en 1657.
Juan de Viedma, de 1659 à 1664.
Jose de Aspe y Zuñiga, en 1665.
Francisco Ventura y Rada, en 1665.
Juan-Baptista de Valdez, provisoirement.
Juan Bravo de Acuña, en 1667.
Diego Ximenes de Aldana, en 1670.

(1) Thompson's Alcedo's Dictionary, art. Guayana.

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