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sans occupation par la conversion de leurs missions proprement dites en missions de doctrine, et demandaient aussi à passer de la rive gauche à la rive droite de l'Orénoque; et les deux pères Jésuites José Gumilla et son compagnon, Bernardo Rotella, de leur propre mouvement et sans autorisation, déjà s'étaient établis dans la province où ils travaillaient à la réduction des Indiens Guaiquires. Le gouverneur de Cumanâ, aussitôt qu'il eut la direction des affaires de la Guyane, s'occupa de l'organisation de ses missions. Pour utiliser tous les dévoùments, il s'occupa à fixer tout d'abord à chacun des corps religieux le champ de ses opérations, et à cet effet institua, en 1734, une commission dite des limites, à laquelle il appela les préfets des trois communautés. La commission se réunit à Santo-Tomé de Guayana, sous sa présidence et celle de son collègue de la Trinidad, Don Agustin de Arredondo, et d'un commun accord assigna aux trois communautés les territoires suivants : aux pères Capucins catalans, celui qui s'étend de l'embouchure de l'Orénoque à Yangoslura ou étrécissement du fleuve, lieu qui fut choisi en 1706 (1) par le gouverneur de la province, Don Manuel Centurion, pour site de la troisième ville de SantoTomé de Guayana, laquelle porte aujourd'hui le nom de Ciudad-Bolivar ou Bolivarville; aux pères Observantes, celui qui, partant de ce dernier point, s'arrête à l'embouchure du Rio-Cuchivero, un des affluents méridionaux de l'Orénoque; et aux pères Jésuites, celui

(1) l'r. A. Caulin, Historia de la N.-Andalucia, liv. III, ch. xxxi, p. 347, note.

qui, de cette embouchure, s'en va confiner à la NouvelleGrenade (1).

A la suite de cette délimitation du champ de leurs opérations, les trois ordres religieux multiplièrent leurs missions; celles surtout des pères Capucins catalans envahirent bientôt le terrain qui leur avait été consacré, et c'est à elles principalement que la Guyane, ainsi que la Trinidad, dut la pacification de ses naturels belliqueux et la colonisation de son immense territoire.

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CHAPITRE VI

CONFLITS DU CABILDO AVEC LES GOUVERNEURS
(1735-1757)

Gouverneurs de la période:

Don Esterait Simon de Lifian y Vera.
Don Felix Espinosa de los Monteros:
Don Juan José Salcedo.
Don Francisco Nanclares.

Soit que l'expédition de Don Juan Gonzales Navarro à la recherche du Dorado eût de nouveau attiré les regards des aventuriers sur la Trinidad, soit qu'un peu plus de confiance eût succédé à la panique dont les colons avaient été frappés à la suite de la ruine de la culture du cacao, et en eût fait revenir quelques-uns dans l'île qu'ils avaient abandonnée, toujours est-il que les revenus publics, de deux cent trente-un dollars qu'ils avaient été en 1733, s'élevèrent deux ans plus tard à la somme de neuf mille sept cent trente-sept réaux (1) ou douze cent dix-sept pièces de huit ou dollars, chiffre qui, proportionnellement au recensement de cette même année l733, suppose une population d'un millier d'habitants en hommes, femmes et enfants, les Indiens toujours exceptés, dont cinq cents blancs et quinze cents noirs, mulâtres et métis, esclaves et libres. Telle était l'amélioration apportée par le temps à la position de l'île, lorsque, le H octobre 1735, le lieutenantcolonel Don Estevan Simon de Linan y Vera vint prendre le gouvernement de l'île des mains des deux alcades Don José Orbay et Don Pedro Ximenes (1).

il) Meany, Abstracl of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., pp. 1-24.

Cette amélioration du sort de la colonie par l'augmentation de sa population eût sans doute continué à progresser, si le pays, alors dans sa période d'infortune, n'eût eu à subir de nouveaux malheurs ; il semble que, pour les nations comme pour les individus, les biens comme les maux n'arrivent jamais que par séries. Douze ans après la perte de son cacao, en 1739, une Lerrible épidémie de variole vint lui enlever une notable partie de sa population renaissante. Le fléau, triste don de l'Europe et de l'Amérique, s'appesantit d'abord sur les côtes voisines du continent. Sur la pressante demande des habitants de l'île, qui craignaient cette nouvelle calamité, une grand'garde fut établie aux bouches du Dragon pour empêcher toute communication avec les bâtiments venant des ports infectés, mais ce fut en vain : en dépit de toutes les précautions, l'épidémie se manifesta bientôt dans l'île et s'y répandit d'un bout à l'autre (2). Ses ravages s'étendirent à toutes les classes de la population; mais ce furent les malheureux Indiens qui en souffrirent le plus. Ignorant le traitement d'une maladie nouvelle parmi eux, et terrifiés à l'aspect repoussant des malades, ils les fuyaient, les abandonnaient à leur triste sort, sans soins et sans secours. La violence du mal fut telle que les singes eux-mêmes n'échappèrent pas à la contagion, ces mammifères si voisins de l'homme jouissant du triste honneur de succomber sous les fléaux dévastateurs de l'humanité (1).

(1) Meany, Abstract of the minutes of Cabildo, 1733-1813, ms., pp. 1-24.

(2) M., ibid.

Pour comble de malheur, la menace d'une invasion anglaise succéda bientôt à l'épidémie variolique. L'Angleterre, ennemie de l'Espagne pendant la guerre de la succession d'Autriche, avait comme de coutume dirigé une partie de ses forces navales contre les colonies transatlantiques de cette puissance; ses navires sillonnèrent la mer des Antilles et le golfe de Paria, et remontèrent même le cours de l'Orénoque en 1740. Plusieurs villes du littoral du continent sud-américain et quelques-unes des missions naissantes des rives du lleuve furent saccagées et brûlées (2). Dans la crainte d'avoir à subir de semblables hostilités, les colons de l'île adressèrent, en cette même année 1740, une pétition au roi Philippe V pour lui demander le secours d'une cinquantaine d'hommes de troupe en sus des vingt hommes auxquels était confiée la garde du fortin de Caroni, lesquels ne constituaient qu'une force insuffisante pour la défense de l'île. Ce document offre beaucoup d'intérêt en ce qu'il jette une grande clarté sur l'état d'abaissement du pays treize ans après la perte

(1) A l'invasion du choléra, en 1854, les singes périrent aussi t;u nombre considérable.

(2) Fr. A. Caulin, Historia de la N.-Andalucia, liv. I11. ch. xxxi, P. 347.

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