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CHAPITRE III. . .

Des Noms propres, et appellatifs ou généraux.

Nous avons deux sortes d'idées; les unes qui ne nous représentent qu'une chose singulière, comme l'idée que chaque personne a de son père et de sa mère, d'un tel ami, de son cheval, de son chien, de soi-même, etc.

Les autres, qui nous en représentent plusieurs semblables, auxquelles cette idée peut également convenir, comme l'idée quej'ai d'un homme en général, d'un cheval en général, etc.

Les hommes ont eu besoin de noms différens pour ces deux différentes sortes d'idées.

Ils ont appelé noms propres ceux qui conviennent aux idées singulières, comme le nom de Socrate, qui convient à un certain philosophe appelé Socrate; le nom de Paris , qui convient à la ville de Paris. .

Et ils ont appelé noms généraux ou appellatifs, ceux qui signifient les idées communes; comme le mot d'homme, qui convient à tous les hommes en général; et de même du mot de lion, chien, cheval, etc.

Ce n'est pas qu'il n'arrive souvent que le mot propre ne convienne à plusieurs, comme Pierre , Jean, etc. mais ce n'est que par accident, parce que plusieurs ont pris un même nom; et alors il faut y ajouter d'autres noms qui le déterminent, et qui le font rentrer dans la qualité de nom propre, comme le nom de Louis , qui convient à plusieurs, est propre au roi qui règne aujourd'hui, en disant Louis quatorzième. Souvent même il n'est pas nécessaire de rien ajouter, parce que les circonstances du discours font assez voir de qui l'on

parle.

CHAPITRE I V.

Des Nombres singulier et plurier.

Les noms communs qui conviennent à plusieurs, peuvent être pris en diverses façons.

Car, 1°. on peut ou les appliquer à une des choses auxquelles ils conviennent, ou même les considérer toutes dans une certaine unité qui est appelée par les philosophes, l'unité universelle.

2o. On les peut appliquer à plusieurs tous ensemble, . en les considérant comme plusieurs.

Pour distinguer ces deux sortes de manières de signifier, on a inventé les deux nombres ; le singulier, homo, homme ; et le plurier, homines, hommes.

Et même quelques langues, comme la langue grecque, ont fait un duel, lorsque les noms conviennent à deux.

Les Hébreux en ont aussi un, mais seulement lorsque les mots signifient une chose double, ou par nature,

comme les yeux, les mains, les pieds, etc. ou par art, comme des meules de moulin, des ciseaux, etc.

De là il se voit que les noms propres n'ont point d'euxmêmes de plurier, parce que de leur nature ils ne conviennent qu'à un; et que si on les met quelquefois au plurier, comme quand on dit les Césars , les Alexandres, les Platons, c'est par figure, en comprenant dans le nom propre toutes les personnes qui leur ressembleroient : comme qui diroit, des rois aussi vaillans qu'Alexandre des philosophes aussi savansque Platon, etc. Et il y en a même qui improuvent cette façon de parler, comme n'étant pas assez conforme à la nature, quoiqu'il s'en trouve des exemples dans toutes les langues ; de sorte qu'elle semble trop autorisée pour la rejeter toutà-fait : il faut seulement prendre garde d'en user modérément.

Tous les adjectifs au contraire doivent avoir un plurier, parce qu'il est de leur nature d'enfermer toujours une certaine signification vague d'un sujet, qui fait qu'ils peuvent convenir à plusieurs, au moins quant à la manière de signifier, quoiqu'en effet ils ne convinssent qu'à un.

Quant aux substantifs qui sont communs et appellatifs, il semble que par leur nature ils devroient tous avoir un plurier; néanmoins il y en a plusieurs qui n'en ont point, soit par le simple usage, soit par quelque sorte de raison. Ainsi les noms de chaque métal, or, argent, fer, n'en ont point en presque toutes les langues ; dont la raison est, comme je pense, que la ressemblance si grande qui est entre les parties des métaux, fait que l'on considère d'ordinaire chaque espèce de métal, non comme une espèce qui ait sous soi plusieurs individus, mais comme un tout qui a seulement plusieurs parties : ce qui paroît bien en notre langue, en ce que pour marquer un métal singulier, on ajoute la particule de partition, de l'or, de l'argent, du fer. On dit bien fers au plurier, mais c'est pour signifier des chaînes, et non seulement une partie du métal appelé fer. Les Latins disent bien aussi æra, mais c'est pour signifier de la monnoie, ou des instrumens à faire son, comme des cymbales. Et ainsi des autres.

CHAPITRE V.

Des Genres.

COMME les noms adjectifs de leur nature conviennent à plusieurs, on a jugé à propos, pour rendre le discours - moins confus, et aussi pour l'embellir par la variété des · terminaisons, d'inventer dans les adjectifs une diversité selon les substantifs auxquels on les appliqueroit.

Or les hommes se sont premièrement considérés eux-mêmes; et ayant remarqué parmi eux une différence extrêmement considérable, qui est celle des sexes, ils ont jugé à propos de varier les mêmes deux noms adjectifs, y donnant diverses terminaisons, lorsqu'ils s'appliquoient aux hommes, ou lorsqu'ils s'appliquoient aux femmes; comme en disant, bonus vir, un bon homme ; bona mulier, une bonne femme; et c'est ce qu'ils ont appelé genre masculin et genre minin. :

Mais il a fallu que cela ait passé plus avant. Car, comme ces mêmes adjectifs se pouvoient attribuer à d'autres qu'à des hommes ou à des femmes, ils ont été obligés de leur donner l'une ou l'autre des terminaisons qu'ils avoient inventées pour les hommes et pour les femmes : d'où il est arrivé que par rapport aux hommes et aux femmes, ils ont distingué tous les autres noms substantifs en masculins et féminins : quelquefois par quelque sorte de raison, comme lorsque les offices d'hommes, rex , judex, philosophus, etc. (qui ne sont qu'improprement subs-tantifs, comme nous avons dit) sont du masculin, parce qu'on sous-entend homo ; et que les offices des femmes sont da féminin, comme mater, uxor, regina , etc. parce qu'on sous entend mulier.

D'autres fois aussi par un pur caprice, et un usage sans raison; ce qui fait que cela varie selon les langues, et dans les mots même qu'une langue a empruntés d'une autre; comme arbor est du féminin en latin, et arbre, du mas-, culin en françois; dens masculin en latin, et dent féminin en françois.

Quelquefois même cela a changé dans une même langue selon le temps; comme alvus étoit autrefois mas

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