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culin en latin, selon Priscien, et depuis il est devenu feminin. Navire en françois étoit autrefois féminin, el depuis il est devenu masculin.

Cette variation d'usage a fait aussi qu'un même mot étant mis par les uns en un genre, et par les autres en l'autre, est demeuré douteux ; comme hic finis, ou hæc finis en latin, comme comté et duché en françois.

Mais ce qu'on appelle genre commun, n'est pas si commun que les grammairiens s'imaginent; car il ne convient proprement qu'à quelques noms d'animaux, qui en grec et en latin se joignent à des adjectifs masculins et féminins, selon qu'on veut signifier le mâle et la femelle, comme bos , canis, sus.

Les autres, qu'ils comprennent sous le nom de genre commun, ne sont proprement que des adjectifs qu'on prend pour substantifs, parce que d'ordinaire ils subsistent seuls dans le discours, et qu'ils n'ont pas de différentes terminaisons pour être joints aux divers genres, comme en ont victor et victrix , victorieux et victorieuse ; rex et regina, roi et reine; pistor et pistrix, boulanger et boulangère, etc.

On voit encore par-là que ce que les grammairiens appellent épicene, n'est point un genre séparé : car vulpes , quoiqu'il signifie également le mâle et la femelle d'un renard, est véritablement féminin dans le latin. Et de même une aigle est véritablement féminin dans le françois, parce que le genre masculin ou féminin dans un mot ne regarde pas proprement sa signification, mais le dit seulement de telle nature, qu'il se doive joindre à l'adjectif dans la terminaison masculine ou féminine. Ainsi en latin, custodive, des gardes, ou des prisonniers; vigiliæ, des sentinelles, etc. sont véritablement féminins , quoiqu'ils signifient des hommes. Voilà ce qui est commun à toutes les langues , pour le regard des genres.

Les Grecs et les Latins ont encore inventé un troisième genre avec le masculin et féminin, qu'ils ont appelé neutre, comme n'étant ni de l'un ni de l'autre : ce qu'ils n'ont pas regardé par la raison, comme ils eussent pu faire, en attribuant le neutre aux noms de choses qui n'avoient nul rapport au sexe masculin ou féminin, mais par fantaisie , et en suivant seulement certaines terminaisons.

CHAPITRE V I.

Des Cas et des Prépositions, en tant qu'il est nécessaire d'en parler pour entendre quelques Cas.

Si l'on considéroit toujours les choses séparément les unes des autres, on n'auroit donné aux noms que les deux changemens que nous venons de marquer; savoir, du nombre pour toutes sortes de noms, et du genre pour

ses

les adjectifs : mais, parce qu'on les regarde souvent avec les divers rapports qu'elles ont les unes aux autres, une des inventions dont on s'est servi en quelques langues pour marquer ces rapports, a été de donner encore aux noms diverses terminaisons, qu'ils ont appelées des cas , du latin cadere , tomber, comme étant les diverses chutes d'un même mot.

Il est vrai que, de toutes les langues, il n'y a peut-être que la grecque et la latine qui aient proprement des cas dans les noms. Néanmoins, parce qu'aussi il y a peu de laugues qui n'aient quelques sortes de cas dans les pronoms, et que sans cela on ne sauroit bien entendre la Laison du discours, qui s'appelle construction, il est presque nécessaire, pour apprendre quelque langue que ce soit, de savoir ce qu'on entend par ces cas : c'est pourquoi nous les expliquerons l'un après l'autre le plus clairement qu'il nous sera possible.

Du Nominatif.

La simple position du nom s'appelle le nominatif, qui n'est pas proprement un cas, mais la matière d'où se forment les cas par les divers changemens qu'on donne à cette première terminaison du nom. Son principal usage est d'être mis dans le discours avant tous les verbes, pour être le sujet de la proposition. Dominus regit me, le Seigneur me conduit. Deus exaudit me, Diels · m'écoute.

Du Vocatif.

n nouveau

Quand on nomme la personne à qui on parle, ou la chose à laquelle on s'adresse, comme si c'étoit une personne, ce nom acquiert par-là un nouveau rapport, qu'on a quelquefois marqué par une nouvelle terminaison qui s'appelle vocatif. Ainsi de Dominus au nominatif, on a fait Domine au vocatif; d'Antonius , Antoni. Mais comme cela n'étoit pas beaucoup nécessaire, et qu'on pouvoit employer le nominatif à cet usage, de là il est arrivé :

1o. Que cette terminaison différente du nominatif n'est point au plurier..

2°. Qu'au singulier même elle n'est en latin qu'en la seconde déclinaison.

3°. Qu'en grec, où elle est plus commune, on la néglige souvent, et on se sert du nominatif au lieu du voCatif, comme on peut voir dans la version grecque des Pseaumes, d'où S. Paul cite ces paroles dans l'Épître aux Hébreux pour prouver la divinité de Jésus-Christ, θρoνός σ8, ο θεος, οι il est clair que ο θεός est un nominatif pour un vocatif; le sens n'étant pas Dieu est votre tróne, mais votre trône, ô Dieu , demeurera , etc.

| 4°. Et qu'enfin on joint quelquefois des nominatifs · avec des vocatifs. Domine, Deus meus. Nate, meve

vires , mea magna potentia solus. Sur quoi l'on peut voir la Nouv. Méth. lat. Remarq. sur les Pronoms.

En notre langue, et dans les autres vulgaires, ce cas

s'exprime dans les noms communs qui ont un article au nominatif, par la suppression de cet article. Le Seigneur est mon espérance. Seigneur, vous étes mon espérance.

Du Génitif.

Le rapport d'une chose qui appartient à une autre, en quelque manière que ce soit, a fait donner dans les langues qui ont des cas, une nouvelle terminaison aux noms, qu’on a appelée le génitif, pour exprimer ce rapport général, qui se diversifie ensuite en plusieurs espèces, telles que sont les rapports: ..

Du tout à la partie. Caput hominis. · De la partie au tout. Homo crassi capitis.

Du sujet à l'accident ou l'attribut. Color rosæ. Misericordia Dei. · De l'accident au sujet. Puer optimo indolis.

De la cause efficiente à l'effet. Opus Dei. Oratio Ciceronis.

De l'effet à la cause. Creator mundi.
De la cause finale à l'effet. Potio soporis.
De la matière au composé. Vas auri.

De l'objet aux actes de notre âme. Cogitatio belli. Contemptus mortis.

Du possesseur à la chose possédée. Pecus Meliboei. Divitiæ Croesi.

Du nom propre au commun, ou de l'individu à l'es-pèce. Oppidum Lugduni.

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