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· 3. Les choses spirituelles ; comme la volonté, la vertu , la vérité , peuvent souffrir les expressions personnelles ; et je ne crois pas que ce fût mal parler que de dire : L'amour de Dieu a ses mouvemens , ses desirs, ses joies , aussi bien que l'amour du monde : J'aime uniquement la vériié ; j'ai des ardeurs pour elle , que je ne puis exprimer.

4. L'usage a autorisé qu'on se serve du pronom son, en des choses tout-à-fait propres ou essentielles à celles dont on parle. Ainsi l'on dit qu'une rivière est sortie de son lit; qu'un cheval a rompu sa bride , a manson avoine; parce que l'on considère l'avoine comme une nourriture tout-à-fait propre au cheval: que chaque chose suit l'instinct de sa nature ; que chaque chose doit étre en son lieu ; qu'une maison est tombée d'elle-même; n'y ayant rien de plus essentiel à une chose que ce qu'elle est. Et cela me feroit croire que cette règle n'a pas lieu dans les discours de science, où l'on ne parle que de ce qui est propre aux choses ; et qu'ainsi l'on peut dire d'un mot, sa significan tion principale est telle , et d'un triangle, son plus grand côté est celui qui soutient son plus grand angle.

Il peut y avoir encore d'autres difficultés sur cette règle, ne l'ayant pas assez méditée pour rendre raison de tout ce qu'on y peut opposer : mais au moins il est certain. que, pour bien parler, on doit ordinairement y prendre garde, et que c'est une faute

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autorisées par l'usage, ou si l'on n'en a quelque raison particulière. M. de Vaugelas néanmoins ne l'a pas remarqué; mais une autre toute semblable touchant le qui , qu'il montre fort bien ne se dire que des personnes, hors le nominatif, et l'accusatif que.

Jusques ici nous avons expliqué les pronoms principaux et primitifs : mais il s'en forme d'autres qu'on appelle possessifs; de la même sorte que nous avons dit qu'il se faisoit des adjectifs des noms qui signifient des substances, en y ajoutant une signification confuse, comme de terre , terrestre. Ainsi meus , mon, signifie distinctement moi, et confusément quelque chose qui m'appartient et qui est à moi. Meus liber, mon livre, . c'est-à-dire, le livre de moi, comme le disent ordinairement les Grecs, βιβλος με.

Il y a de ces pronoms en notre langue, qui se mettent toujours avec un nom sans article; mon, ton, son, et les pluriers nos, vos : d'autres qui se mettent toujours avec l'article sans nom, mien, tien, sien , et les, pluriers nôtres, vôtres : et il y en a qui se mettent en toutes les deux manières, notre et votre au singulier, leur et leurs. Je n'en donne point d'exemples, car cela est trop facile. Je dirai seulement que c'est la raison qui a fait rejeter cette vieille façon de parler, un mien ami, un mien parent, parce que mien ne doit être mis. qu'avec l'article le et sans nom. C'est le mien, ce sont les nôtres , etc..

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Il y a encore un autre pronom , qu'on appelle relatif, qui , quoe , quod : Qui , lequel, laquelle.

Ce pronom relatif a quelque chose de commun avec les autres pronoms, et quelque chose de propre.

Ce qu'il a de commun, est qu'il se met au lieu du nom; et plus généralement même que tous les autres pronoms, se mettant pour toutes les personnes. Moi QUI suis chrétien : Vous Qui êtes chrétien : Lui QUI est roi,

Ce qu'il a de propre peut être considéré en deux manières :

La 15e. en ce qu'il a toujours rapport à un autre nom ou pronom, qu’on appelle antécédent, comme Dieu qui est saint. Dieu est l'antécédent du relatif qui. Mais cet antécédent est quelquefois sous-entendu et non exprimé, sur-tout dans la langue latine, comme on l'a fait voir dans la Nouvelle Méthode pour cette langue.

La 2°. chose que le relatif a de propre et que je ne sache point avoir encore été remarquée par personne, est que la proposition dans laquelle il entre ( qu'on peut appeler incidente), peut faire partie du sujet

ou de l'attribut d'une autre proposition, qu'on peut appeler principale.

On ne peut bien entendre ceci, qu'on ne se souvienne de ce que nous avons dit dès le commencement de ce discours, qu'en toute proposition il y a un sujet, qui est ce dont on affirme quelque chose, et un attribut, qui est ce qu'on affirme de quelque chose. Mais ces deux termes peuvent être ou simples, comme quand je dis : Dieu est bon : ou complexes, comme quand je dis : Un habile magistrat est un homme utile à la république. Car ce dont j'affirme n'est pas seulement un magistrat , mais un habile magistrat : et ce que j'affirme n'est pas seulement qu'il est komme, mais qu'il est homme utile à la république. On peut voir ce qui a été dit dans la Logique ou Art de penser , sur les propositions complexes. Part. 2; chap.,3, 4, 5 et 6.

Cette union de plusieurs termes dans le sujet et dans l'attribut est quelquefois telle, qu'elle n'empêche pas que la proposition ne soit simple, ne contenant en soi qu'un seul jugement ou affirmation, comme quand je dis : La valeur d'Achille a été cause de la prise de Troie. Ce qui arrive toujours toutes les fois que des deux substantifs qui entrent dans le sujet ou l'attribut de la proposition, l'un est régi par l'autre.

Mais d'autres fois aussi, ces sortes de propositions dont le sujet ou l'attribut sont composés de plusieurs termes, enferment, au moins dans notre esprit, plu

es.

sieurs jugemens, dont on peut faire autant de propositions, comme quand je dis : Dieu invisible a créé le monde, visible ;-il se passe trois jugemens dans mon esprit, renfermés dans cette proposition. Car je juge premièrement que Dieu est invisible. 2. Qu'il a créé le monde. 3. Que le monde est visible. Et de ces trois propositions, la seconde est la principale et l'essen-" tielle de la proposition : mais la première et la troisième ne sont qu'incidentes, et ne font que partie de la principale , dont la première en compose le sujet, et la dernière l'attribut.

Or ces propositions incidentes sont souvent dans notre esprit , sans être exprimées par des paroles , comme dans l'exemple proposé. Mais quelquefois aussi on les marque expressément; et c'est à quoi sert le relatif : comme quand je réduis le même exemple à : ces termes : Dieu , QUI est invisible , a créé le monde, QUI est visible..

Voilà donc ce que nous avons dit être propre au relatif, de faire que la proposition dans laquelle il entre puisse faire partie du sujet ou de l'attribut d'une autre proposition.

Sur quoi il faut remarquer, 1. que lorsqu'on joint ensemble deux noms, dont l'un n'est pas en régime, mais convient avec l'autre, soit par apposition, comme Urbs Roma , soit comme adjectif, comme Deus sanctus, sur-tout si cet adjectif est un participe, canis currens, toutes ces façons de parler enferment le relatif

dans

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