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nous n'entendons pas restreint, puisque, selon ce que nous venons de dire, un nom commun doit

passer pour déterminé, lorsqu'il y a quelque chose qui marque qu'il doit être pris dans toute son étendue ; comme dans cette proposition : Tout homme est raisonnable.

C'est sur cela que cette règle est fondée ; car on peut bien se servir du nom commun, en ne regardant que sa signification; comme dans l'exemple que j'ai proposé : Il a été traité avec violence ; et alors il n'est pas besoin que je le détermine ; mais si on en veut dire quelque chose de particulier, ce que l'on fait en ajoutant un qui, il est bien raisonnable que dans les langues qui ont des articles pour déterminer l'étendue des noms communs, on s'en serve alors, afin qu'on connoisse mieux à quoi doit se rapporter ce qui , si c'est à tout ce que peut signifier le nom commun, ou seulement à une partie certaine ou incertaine.

Mais aussi l'on voit par-là que, comme l'article n'est nécessaire dans ces rencontres que pour déterminer le nom commun, s'il est déterminé d'ailleurs, , on y pourra ajouter un qui , de même que s'il y avoit un article. Et c'est ce qui fait voir la nécessité d'exprimer cette règle comme nous avons fait, pour la rendre générale ; et ce qui montre aussi que presque toutes les façons de parler qui y. semblent contraires , y sont conformes, parce que le nom qui est sans article est déterminé par quelque autre chose. Mais quand je dis par quelque autre chose, je n'y comprends pas le qui que l'on y joint : car si on l'y comprenoit , on ne pêcheroit jamais contre cette règle, puisqu'on pourroit toujours dire qu'on n'emploie un qui après un nom sans article, que dans une façon de parler déterminée par le qui même.

Ainsi, pour rendre raison de presque tout ce qu'on peut opposer à cette règle, il ne faut que considérer les diverses manières dont un nom sans article peut être déterminé.

1. Il est certain que les noms propres ne signifiant qu'une chose singulière, sont déterminés d'euxmêmes, et c'est pourquoi je n'ai parlé dans la règle que des noms communs, étant indubitable que c'est fort bien parler que de dire : Il imite Virgile , qui est le premier des poëtes. Toute ma confiance est en Jésus-Christ, qui m'a racheté.

2. Les vocatifs sont aussi déterminés par la nature même du vocatif; de sorte qu'on n'a garde d'y desirer un article pour y joindre un qui , puisque c'est la suppression de l'article qui les rend vocatifs, et qui les distingue des nominatifs. Ce n'est donc point contre la règle, de dire : Ciel, qui connoissez mes maux. Soleil, qui voyez toutes choses.

3. Ce, quelque , plusieurs , les noms de nombre, comme deux, trois , etc. tout, nul, aucun, etc. déterminent aussi bien que les articles. Cela est trop clair pour s'y arrêter.

4. Dans les propositions négatives, les termes sur lesquels tombe la négation, sont déterminés à être pris généralement par la négation même, dont le propre est de tout ôter. C'est la raison pourquoi on dit affirmativement avec l'article : Il a de l'argent, du coeur, de la charité, de l'ambition; et négativement sans article : Il n'a point d'argent, de cæur, de charité, d'ambition. Et c'est ce qui montre aussi que ces façons de parler ne sont pas contraires à la règle : Il n'y a point d'injustice qu'il ne commette. Il n'y a homme qui sache cela. Ni même celle-ci : Est-il ville dans le royaume qui soit plus obéissante? parce que l'affirmation avec un interrogant, se réduit dans le sens à une négation : Il n'y a point de ville qui soit plus obéissante.

5. C'est une règle de logique très-véritable, que, dans les propositions affirmatives, le sujet attire à soi l'attribut, c'est-à-dire, le détermine. D'où vient que ces raisonnemens sont faux : L'homme est animal, le singe est animal, donc le singe est homme ; parce que, animal étant attribut dans les deux premières propositions, les deux divers sujets se déterminent à deux diverses sortes d'animal. C'est pourquoi ce n'est point contre la règle de dire : Je suis homme qui parle franchement, parce que homme est déterminé par je : ce qui est si vrai, que le verbe qui suit le qui , est mieux à la première personne qu'à la troisième. Je suis hoinme qui ai bien vu des choses, plutôt que, qui a bien vu des choses.

6. Les mots sorte, espèce, genre, et semblables, déterminent ceux qui les suivent, qui pour cette raison ne doivent point avoir d'article. Une sorte de fruit, et non pas d'un fruit. C'est pourquoi c'est bien dit : Une sorte de fruit qui est mứr en hiver. Une espèce de bois qui est fort dur.

7. La particule en , dans le sens de l'ut latin, vivit ut réx, il vit en roi, enferme en soi-même l'article valant autant, que comme un roi , en la manière d'un roi. C'est pourquoi ce n'est point contre la règle de dire : Il agit en roi qui sait régner. Il parle en homme qui sait faire ses affaires; c'est-à-dire, comme un roi', ou comme un homme, etc.

8. De, seul avec un plurier, est souvent pour des, qui est le plurier de l'article un, comme nous avons montré dans le chapitre de l’Article. Et ainsi ces façons de parler sont très-bomes', et ne sont point contraires à la règle : Il est accablé de maux qui lui font perdre patience. Il est chargé de dettes qui vont au-delà de son bien.

g. Ces façons de parler , bonnes ou mauvaises : C'est gréle qui tombe'; ce sont gens-habiles qui m'ont dit cela , ne sont point contraires à la règle, parce que le qui ne se rapporte point au nom qui est sans article, mais à ce, qui est de tout' genre et de tout nombre. Car le nom sans article grele, gens habiles, est ce que j'affirme, et par conséquent l'attribut, et le qui

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fait partie du sujet dont j'affirme. Car j'affirme de ce qui tombe, que c'est de la gréle; de ceux qui m'ont dit cela , que ce sont des gens habiles : et ainsi le qui ne se rapportant point au nom sans article, cela ne regarde point cette règle.

S'il y a d'autres façons de parler qui y semblent contraires , et dont on ne puisse pas rendre raison par toutes ces observations, ce ne pourront être, comme je le crois, que des restes du vieux style, où on omettoit presque toujours les articles. Or c'est une maxime que ceux qui travaillent sur une langue vivante, doivent toujours avoir devant les yeux, que les façons de parler qui sont autorisées par un usage général etnon contesté, doivent passer pour bonnes, encore qu'elles soient contraires aux règles et à l'analogie de la langue; mais qu'on ne doit pas les alléguer pour faire douter des règles et troubler l'analogie, ni pour autoriser, par conséquent, d'autres façons de parler que l'usage n'auroit pas autorisées. Autrement, qui ne s'arrêtera qu'aux bizarreries de l'usage, sans observer cette maxime, fera qu'une langue demeurera toujours incertaine, et que, n'ayant auçuns principes, elle ne pourra jamais se fixer.

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