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Non-seULE MENT une même préposition' marque des rapports différens, ce qui paroît déja un défaut dans une langue ; mais elle en marque d'opposés, ce qui paroit un vice ; mais c'est aussi un avantage. Si chaque rapport d'une idée à une autre avoit sa préposition, le nombre en seroit infini, sans qu'il en résultât plus de précision. Qu'importe que la clarté naisse de la préposition seule, ou de son union avec les autres termes de la proposition ? puisqu'il faut toujours que l'esprit réunisse à la fois tous les termes d'une proposition pour la concevoir. La préposition seule ne suffit pas pour déterminer les rapports ; elle ne sert alors qu'à unir les deux termes; et le rapport entre eux est marqué par l'intelligence , par le sens total de la phrase.

Par exemple dans ces deux phrases, dont le sens est opposé, Louis a donné à Charles, Louis a ôté à Charles, la préposition à lie les deux termes de la proposition; mais le vrai rapport quant à l'intelligence de la phrase , n'est pas marqué par à, il ne l'est que par le sens total.

A l'égard des rapports qui sont différens sans être opposés, combien la préposition de n'en a-t-elle pas !

1. Elle sert à former des qualificatifs adjectifs ; une étoffe d'écarlate. 2o. De est particule extractive ; du pain, pars aliqua panis. 3o. De marque rapport d'appartenance, le livre de Charles. 40. De s'emploie pour pendant ou durant : de jour, de nuit. 5°. Pour touchant, sur: parlons de cette affaire. 6o. Pour à cause : je suis charmé de sa for

tune. 7o. De sert à former des adverbes ; de dessein prémédité.

Il est inutile de s'étendre davantage sur l'usage des prépositions, dont le lecteur peut aisément faire l'application,

Il est vrai, comme l'observe M. Duclos, qu'il faut, pour concevoir une proposition, réunir tous les termes qui la composent. Mais il ne s'ensuit pas que les prépositions ne déterminent point les rapports.

Dans les exemples proposés : Louis a donné à Charles, Louis a ótá à Charles, il est certain que Louis agit sur Charles, soit qu'il lui donne quelque chose , soit qu'il l'en prive ; le terme du rapport de varie point; et la préposition seule indique ce rapport.

« La préposition, dit M. Dumarsais, supplée aux rapports qu'on » ne sauroit marquer ni en latin, ni en françois , par la place des » inots n.

Cette définition rentre dans le système par lequel le grammairien distingue les objets de nos pensées , des vues de notre esprit. En ne donnant à la préposition que la propriété de suppléer, on la met nécessairement dans la seconde classe de la grande division grammaticale.

Ne pourroit - on pas dire , au contraire, que, dans toutes les combinaisons de pensées, les rapports sont marqués par une préposition existante ou sous - entendue ? Dans ce cas, la préposition dont nous nous servons pour indiquer les rapports , appartient, comme le pensent MM. du Port-Royal, à l'objet de nos pensées.

Les auteurs de la Grammaire raisonnée pensent avec raison que les mots le dedans, le dehors, doivent être considérés comme des noms. Il est peut-être nécessaire d'indiquer la manière d'employer ces mots.

En général, le dehors est un mot plus noble que le dedans. Le premier de ces mots se place élégamment dans une phrase, sur

tout quand il est au pluriel : on dit les dehors heureux, les dehors trompeurs. Jamais le dedans ne peut être adopté dans cette acception.. .

La seule circonstance dans laquelle le dedans puisse être noble , est celle où , sous un rapport local et politique, il fait contraste avec le dehors. Exemple : La guerre du dehors, les troubles du dedans. Crébillon a dit en parlant du sénat romain:

Redoutable au dehors, méprisable au dedans. On ne sauroit dire élégamment le dedans d'une maison, le dedans d'une ville , il faudroit dire : l'intérieur.

CHAPITRE X I I.

On ne doit pas dire la plupart de ces particules : les adverbes ne sont point des particules , quoiqu'il y ait des particules qui sont des adverbes ; et la plupart ne dit pas assez. Tout mot qui peut être rendu par une préposition et un nom, est un adverbe, et tout adverbe peut s'y rappeler. Constamment, avec constance. On y va, on va dans ce lieu-là.

Particule est un terme vague, assez abusivement employé dans les Grammaires. C'est, dit-on, ce qu'il y a de plus difficile dans les langues. Oui, sans doute, pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent définir les mots par leur nature, et se contentent de renfermer sous une même dénomination, des choses de nature fort différente. Particule ne signifiant que petite partie, un monosyllabe, il n'y a pas une partie d'oraison à laquelle on ne pût quelquefois l'appliquer. MM, de P. R. étoient plus que personne en

état de faire toutes les distinctions possibles, mais en quelques occasions ils se sont prêtés à la foiblesse des Grammairiens de leur temps; et il y en a encore du nôtre , qui ont besoin de pareils ménagemens.

La méthode que propose M. Duclos pour distinguer les adverbes des particules , peut être employée avec succès. On arrive au même but en prenant pour règle de ne considérer comme adverbes que les mots de cette espèce, qui forment un sens complet.

Quelquefois, en françois, on emploie l'adjectif comme adverbe. Ainsi l'on dit: Parler haut, chanter juste , frapper fort; au lieu de dire : Parler hautement, chanter avec justesse , frapper fortement.

Quelquefois aussi le même mot est en même temps adverbe et adjectif. Exemple : Je suis allé vîte , j'ai un cheval vîte. Dans la première phrase, vile est adverbe, dans la seconde, adjectif. On doit remarquer que ce mot s’emploie rarement comme adjectif. Il ne pourroit trouver sa place dans le style noble.

On a déja dû remarquer plusieurs fois le ton tranchant que prend M. Duclos. MM. du Port-Royal, en fixant des règles invariables, en posant des principes lumineux, paroissent ne hasarder que des doutes timides. L'académicien, au contraire, prend un ton impératif; il emploie fréquemment le sarcasme ; et il affiche le plus profond mépris pour ceux qui ne partagent pas ses opinions. Cette manière impolie, qui détruit tout le charme d'une discussion paisible, a été souvent mise en usage par les philosophes du dixhuitième siècle. Ils ne persuadoient pas, ils commandoient. Ce charlatanisme est heureusement passé de mode , et l'on a reconnu que la défiance de soi-même est le principal caractère de la justesse et de l'étendue d'un bon esprit.

CH A P I TRE X V I.

Puisqu'on n'a multiplié les temps et les modes des verbes que pour mettre plus de précision dans le discours , je me permettrai une observation qui ne se trouve dans aucune Grammaire sur la distinction qu'on devroit faire , et que peu d'écrivains font du temps continu et du temps passager, lorsqu'une action est dépendante d'une autre. Il y a des occasions où le temps présent seroit préférable à l'imparfait qu'on emploie communément. Je vais me faire entendre par des exemples. On m'a dit que le roi étoit parti pour Fontainebleau. La phrase est exacte, attendu que partir est une action passagère. Mais je crois qu'en parlant d'une vérité, on ne s'exprimeroit pas avec assez de justesse en disant : J'ai fait voir que Dieu étoit bon : que les trois angles d'un triangle étoient égaux à deux droits : il faudroit que Dieu est, etc. que les trois angles sont, etc. parce que ces propositions sont des vérités constantes, et indépendantes des temps.

On emploie encore le plusqueparfait, quoique l'imparfait convint quelquefois mieux après la conjonction Si. Exemples : Je vous aurois salué, si je vous avois vu. La phrase est exacte , parce qu'il s'agit d'une action passagère; mais celui qui auroit la vue assez basse, pour ne pas reconnoître les passans, diroit naturellement, si je voyois, et non pas, si j'avois vu, attendu que son état habituel est de ne pas voir. Ainsi on ne devroit pas dire : Il n'auroit pas

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