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M. l'abbé Regnier, ils n'auraient pas donné comme générale une règle à laquelle il y a une exception si expresse.

« Le principe de la troisième remarque n'est pas toujours vrai (1), car l'usage veut que l'on se serve au datif de la

particule à avec le verbe parler, et qu'on dise, voulez-vous parler à lui, parlez un peu à moi..Outre cela, il faut toujours mettre à moi et à lui avec l'impératif de tous les verbes actifs qui sont accompagnés d'un autre pronom personnel, comme : adressez-vous à lui, confiez-vous à moi.

« Il est faux que le datif du pronom personnel, il, elle, ne se doive dire ordinairement que des personnes, car rien n'est plus ordinaire que d'employer lui et leurs au datif en parlant des bêtes et des choses. Ainsi on dit fort bien d'un cheval : il faut lui appuyer les éperons, ou il faut lui tendre la main. On dit fort bien : cette plante demande à étre arrosée, il faut lui donner de l'equ; ces orangers ont besoin d'eau, il faut leur en donner.

« Véritablement on ne dit pas d'une maison : je lui ai ajouté un pavillon, je ne puis vivre sans elle. Cependant ces deux façons de parler, qui , étant employées toutes seules, sont très-vicieuses, peuvent être rendues très-bonnes, si elles sont amenées et préparées par d'autres phrases qui ne puissent convenir proprement qu'aux personnes. Ainsi un homme qui aime fort une maison qu'il a embellie, dira : j'y ai fait de grandes dépenses, mais elle m'en dédommage bien, car je lui dois toute ma santé et tout mon repos ; je ne vivrais pas sans elle.

« Le pronom, il, elle, outre les datifs, lui et leur, en a encore d'autres qui sont, à lui, à elle, à eux, à elles ; ce sont proprement ces sortes de datifs qui ne s'appliquent qu'aux personnes, et dont on ne se sert qu'abusivement en parlant des choses et des bêtes. Ce n'est aussi d'ordinaire qu'abusivement qu'on peut, en parlant ou des bêtes ou des choses, se servir des nominatifs, singulier et pluriel, lui et eux; et enfin, lui, elle, eux et elles, avec des prépositions, ne se disent guère que des personnes. Car, quoiqu'un homme dise fort bien d'un autre, qu'il se repose sur lui de cette affaire , qu'il

(1) Regnier, page 243.

s'appuie sur lui, on ne dira pas pour cela d'un lit ou d'un bâton, reposez-vous; appuyez-vous sur lui; mais on se servira ou des mêmes prépositions changées en adverbes , reposezvous, appuyez-vous dessus, ou des pronoms en et y. Ainsi on ne dira pas d'un arbre près de tomber, n'approchez pas de lui , inais on dira n'en approchez pas; ni d'un homme adonné à une science, à une profession, qu'il s'est attaché à elle, mais qu'il s'y est attaché. Une femme dit d'un chien qu'elle aime : il fait tout mon amusement, je n'aime que lui, je suis attaché à lui, je ne vas pas sans lui. On dit aussi d'un cheval vicieux, d'un méchant chien : n'approchez pas de lui, défiezvous de lui. Mais cette liberté qu'on se donne d'appliquer aux animaux ce qui ne devrait se dire que des personnes, ne s'étend pas à toutes les phrases : car on ne dit point d'un cheval, qu'on n'a jamais monté sur lui, mais on dit qu'on n'a jamais monté dessus ; ni qu'on ne s'est pas encore servi de lui, mais qu'on ne s'en est pas encore servi.

« Avec et après sont les seules prépositions auxquelles lui, elle , eux et elles se peuvent joindre, même en parlant des choses inanimées; car on dira fort bien : ce torrent entraine avec lui tout ce qu'il rencontre, il ne laisse après lui que du sable et des cailloux ; la chute d'une muraille a entrainé avec elle toute la maison.»

Je sais bien, dit Port-Royal (1), que la règle de la quatrième remarque peut souffrir des exceptions; car 1", etc.

« Cette première exception, dit l'abbé Regnier (2), a besoin de distinction; car il y a des phrases fort en usage en parlant des personnes, dont on ne se sert pas en parlant d'une multitude de personnes. Ainsi, quoiqu'on dise fort bien d'un homme qui se sera approché d'une femme, il s'est approché d'elle, il s'est mis auprès d'elle, on ne dira point d'un général qui se sera approché d'une armée ennemie, il s'est approché d'elle, il s'est campé auprès d'elle, mais on dira, il s'en approcha, il alla camper auprès, etc.

« La troisième exception est sujette à quelque difficulté : 1° La vertu et la vérité sont susceptibles d'expressions per

(1). Présente édition, page 83. (2) Page 271.

sonnelles, seulement quand elles sont prises en général; car si on les désigne en particulier, elles n'en sont plus susceptibles.

< 2° Lors même qu'on parle de la vérité et de la vertu en général, il faut entendre qu'elles soient personnifiées; ce qui tombe sous la deuxième exception. Mais si la chose spirituelle n'est pas personnifiée par quelque terme précédent, on ne peut plus en ce cas-là se servir des expressions personnelles; c'est pourquoi l'exemple qui est rapporté en faveur de cette troisième exception , j'aime uniquement la vertu , j'ai pour elle des ardeurs que je ne puis exprimer, n'est pas heureux, non seulement parce qu'on ne dit pas en ce sens avoir des ardeurs, mais parce que la vérité n'est pas en cet endroit-là personnifiée de manière que l'on puisse dire, pour elle. Si on la personnifie en disant : dès qu'il plaira à la vérité de se montrer aux hommes telle qu'elle est , alors on pourra fort bien 'ajouter : tous les hommes n'aimeront qu'elle , ils brúleront d'amour pour elle.

« La quatrième exception demande quelques observations. A la vérité, l'usage a aulorisé toutes les phrases qui y sont citées, mais il n'est pas possible qu'il les ait autorisées pour la raison que Port-Royal en donne; car si cela était, on dirait d'une armée, ses soldats, d'un Parlement, ses magistrats, et ainsi du reste , parce qu'il n'y a rien de plus propre, de plus essentiel à une armée que les soldats, à un Parlement que les magistrats, etc.; on ferait des phrases barbares. A s'en tenir aux termes formels de cette exception, l'on se croirait autorisé à dire d'une forêt, ses arbres sont beaux ; d'une maison, son escalier est commode, ses chambres sont belles , sa situation me plait : toutes locutions impropres, et dont la dernière est précisément marquée comme telle. Enfin, par la même raison, l'on pourrait dire d'une cheminée, son manteau, son chambranle ; d'un fauteuil, ses bras ; d'un bâton, ses deux bouts : parce qu'il n'y a rien de plus essentiel à une cheminée que

d'avoir son manteau, etc.; il faut dire, le manteau en est beau et solide, etc. Ce qu'il y a donc de propre ou d'essentiel à la chose dont on parle , n'est pas ce qui autorise à se servir du pronom son et sa ; au contraire, si on ne s'en sert pas, c'est peut-être parce que tout cela est regardé comme si essentiel, qu'il est inutile de le marquer par le pronom possessif, et même on n'applique ordinairement ce pronom qu'aux choses qui sont en quelque sorte étrangères à celles dont on parle: car on ne dit pas d'une maison, son corps de loqis, ses pavillons, ses appartements, etc., et on dit fort bien, elle a ses beautés, ses agréments, ses commodités, ses défauts, etc. Quant à l'exemple (1), une maison tombe d'elle-même, il n'appartient point à la quatrième exception, et il n'y peut servir de preuve, parce que de lui-même, d'elle-même, d'euxmêmes, d'elles-mêmes, sont des manières de parler dont le mot même est inséparable , et qui peuvent se dire de toutes sortes de choses, de quelque manière qu'on les considère. »

M. de Vaugelas n'a pas examiné cette règle, sur laquelle Port-Royal (2) avoue qu'il peut y avoir encore d'autres difficultés ; cependant, il en a remarqué une autre toute semblable touchant qui et que. Selon ce grand puriste, qui au génitif, au datif et à l'ablatif, no se dit que des personnes, mais qui au nominatif et que à l'accusatif se disent des personnes et des choses; par exemple, on dira : un livre dont ou duquel les fautes sont corrigées, et non pas : un livre de qui les fautes sont corrigées. On dira : un ouvrage à quoi ou auquel j'ai travaillé, et non pas : un ouvrage à qui j'ai travaillé. On dira : le style dont ou duquel je me sers, et non pas : le style de qui je me sers. On dira également bien : la personne qui est instruite et que j'ai consultée, m'a assuré que ce livre, qui est excellent, et que j'ai augmenté de nouvelles remarques, serait lu du public avec encore plus de satisfaction qu'auparavant.

Dans ces phrases : qui voulez-vous dire ? ah! je sais qui vous voulez dire , qui est employé pour quelle personne , et il est constamment à l'accusatif, dit l'abbé Regnier (3).

Aux pronoms qui se mettent toujours avec un nom sans article, il faut ajouter le singulier notre, votre; et aux pronoms qui se mettent toujours avec l'article sans nom, il faut ajouter

(1) Regnier, page 276. (2) Présente édition, page 84. (3) Page 291,

le singulier nôtre, vótre. Voyez le texte de la fin de ce chapitre (1), et comparez les Remarques de M. Dactos, secrétaire perpétuel de l'Académie française, avec les observations de M. l'abbé Regnier, l'un de ses prédécesseurs dans le secrétariat, vous les trouverez également justes et utiles.

CHAPITRE IX.

Du Pronom relatif

ce que

On trouve dans ce chapitre un alinéa et deux additions remarquables (2), qui manquent aux deux premières éditions de Port-Royal, ainsi qu'à celle donnée d'abord par Prault (3). On a eu le soin de substituer, dans cette édition-ci , le texte de l'édition antérieure avait de moins, et on l'a fait d'après les exemplaires les plus corrects. Il ne me reste plus qu'à faire quelques petites observations sur les phrases latines citées dans ces additions.

Quand Tite-Live, parlant de Junius Brutus (4), dit : is cùm primorés civitatis, in quibus fratrem suum ab avunculo interfectum audisset, in quibus tient lieu de conjonction et de démonstratif ; il est là pour et in his. Je suis étonné que M. Crevier, dans les excellentes notes qu'il a données sur TiteLive, n'ait pas inséré ce principe, qui éclaircit la phrase et en facilite l'explication.

Dans cet autre passage du même Tite-Live (5): M. Flavius, tribunus plebis, tulit ad populum, ut in Tusculanos animadverteretur, quorum eorum ope ac consilio Veliterni populo romano bellum fecissent, Port-Royal prétend que quorum fait là office de conjonction seulement : la preuve qu'il en donne,

(1) Pages 85 et 86.
(2) Voyez pages 91, 92 et suiv.
(3) Troisième édition de Port-Royal, pages 72,73 et 78.
(4) Livre I, n° 56.
(5) Livre VIII, no 37,

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