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c'est que quelques Grammairiens pensent qu'il faut lire quod å la place de quorum ; et s'il faut lire avec M. Crevier eorum, ou ex eis quorum , quorum fera alors la fonction de relatif dans ce passage. Mais dans celui de Plaute qui le suit, inter eosne homines condalium te redipisci postulas, quorum eorum unus surripuit currenti cursori solum ? c'est comme s'il y avait, cùm eorum unus surripuerit, quoiqu'on puisse l'interpréter de la même manière que le précédent.

L'exemple que les Rudiments donnent pour prouver l'accord du relatif avec son antécédent, est un exemple défectueux. A cette proposition, Deus quem adoramus, il faudrait ajouter. celle-ci, est omnipotens ; l'on verrait alors pourquoi Deus est au nominatif, ce que l'on ne voit pas sans cela.

CHAPITRE X.

Examen d'une règle de la langue française , qui est

qu'on ne doit pas mettre le relatif après un nom sans article.

: Messieurs de Port-Royal paraissent restreindre cette règle à l'usage présent de notre langue , et M. Du Marsais (1) la croit de toutes les langues et de tous les temps.

« Un mot qui est au singulier dans le premier membre d'une période, ne doit pas avoir dans l'autre membre un corrélatif adjectif qui le suppose au pluriel ; en voici un exemple tiré de la Princesse de Clèves (2):

« M. de Nemours ne laiq:ait échapper aucune occasion de voir madame de Clèves, sans laisser paraitre néanmoins qu'il les cherchåt. Que veut dire les au pluriel avec aucune occasion au singulier (3), demande M. de Valincourt? il eût mieux valu dire: M. de Nemours, sans faire paraître qu'il cherchât

(1) Voyez le mot article dans l'Encyclopédie. (2) Tome II, page 58, édition de 1704. (3) Lettres sur la princesse de Clèves , édition de 1678, p. 331 et 332.

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l'occasion de voir madame de Clèves, n'en laissait pourtant échapper aucune. »

En voici un autre exemple, tiré du Journal de l'Académie française, par M. l'abbé de Choisy (1):

« Un juge fit lever la main à un teinturier, et comme les teinturiers les ont ordinairement noires, il lui dit : Mon ami, otez votre gant.---Monsieur, répliqua le teinturier, mettez vos lunettes.... Il faut dire : et comme les teinturiers ont ordinairement les mains noires : les, qui est relatif, doit se rapporter à un substantif du même nombre; et pour cette raison, les, qui est un pluriel, ne peut se rapporter à la main, qui est au singulier.» « Par la même raison, dit le Grammairien philosophe (2), si, dans le premier membre de la phrase, vous m'avez d'abord présenté le mot dans un sens spécifique, c'est-à-dire, dans un sens qualificatif adjectif, vous ne devez pas, dans le membre qui suit, donner à ce mot un relatif, parce que le relatif rappelle toujours l'idée d'une personne ou d'une chose, d'un individu réel ou métaphysique, et jamais celle d'un simple qualificatif, qui n'a aucune existence, et qui n'est que mode ; c'est uniquement à un substantif considéré comme substantif, et non comme mode, que le qui peut se rapporter. L'antécédent de qui doit être pris dans le même sens, aussi bien dans toute l'étendue de la période que dans toute la suite du syllogisme : ainsi quand on dit, il a été reçu avec politesse, ces deux mots, avec politesse, sont une expression adverbiale, modificative, adjective, qui ne présente aucun être, ni réel, ni métaphysique. Ces mots, avec politesse, ne marquent point une telle politesse individuelle : si vous voulez marquer une telle politesse, vous avez besoin d'un prépositif, qui donne à politesse un sens individuel, réel, soit universel, soit particulier, soit singulier; alors le qui fera son office. Avec politesse, est une expression adverbiale ; c'est l'adverbe poliment décomposé. Or ces sortes d'adverbes sont absolus, c'est-à-dire qu'ils n'ont ni suite, ni complément; et, quand on veut les rendre relatifs, il faut ajouter quelque mot qui marque la corrélation : il a été reçu si poliment que; il a été reçu avec

(1) Opuscules sur la langue. Brunet, 1754. (2) Du Marsais. (Note de l'Editeur.)

tant de politesse que, etc., ou bien avec une politesse qui, ete.

« En latin même, ces termes corrélatifs sont souvent marqués : is qui, ea quæ, id quod, etc.

« Non enim is es, Catilina, dit Cicéron, ut ou qui ou quem, selon ce qui suit : voilà deux corrélatifs, is ut, ou is quem; et chacun de ces corrélatifs est construit dans la proposition particulière. Il a d'abord un sens individuel particulier dans la première proposition, ensuite ce sens est déterminé singuJièrement dans la seconde ; mais, dans agere cum aliquo inimicé, ou indulgenter, ou atrociter, ou violenter, chacun de ces adverbes présente un sens absolu spécifique, qu'on ne peut plus rendre sans relatif singulier, à moins qu'on n'ajoute et qu'on ne répète les mots destinés à marquer cette singularité ; on dira alors, ita atrociter ut, ou, en décomposant l'adverbe, cum atrocitate ut ou qua, etc. Il arrive souvent, dans la langue latine, qui est presque tout elliptique, que ces corrélatifs n'y sont pas exprimés, mais le sens et les adjoints les font aisément suppléer. Dans ces expressions de Cicéron, sunt qui putent, le corrélatif de qui est philosophi, ou quidam sunt; mitte cui dem litteras, envoyez-moi quelqu'un à qui je puisse donner mes lettres, où vous voyez que le corrélatif est mitte servum, ou puerum, ou aliquem. Il n'en est pas de même dans la langue française : on dit pourtant, pardonnez à qui vous veut nuire, recevez de qui veut vous donner. Ainsi je crois, dit le Grammairien philosophe, que le sens de la règle de Vaugelas est, que, lorsqu'en un premier membre de période un mot est pris dans un sens absolu, adjectivement ou adverbiale ment, ce qui est ordinairement marqué en français par la suppression de l'article ou par les circonstances, on ne doit point, dans le membre suivant, ajouter un relatif, ni même quelqu'autre mot qui supposerait que la première expression aurait été prise dans un sens fini etindividuel, soit universel, soit particulier ou singulier : ce serait tomber dans le sophisme que les logiciens appellent « passer de l'espèce à l'individu, passer du général au particulier. Ainsi, je ne peux pas dire, l'homme est animal qui raisonne, parce qu'animal, dans le premier membre, étant sans article, est un nom d'espèce pris adjectivement, et dans un sens qualificatif: or, qui raisonne ne peut

se dire que d'un individu réel qui est ou déterminé ou indéterminé, c'est-à-dire, pris dans le sens particulier. Je dois donc dire l'homme est le seul animal ou un amimal qui raisonne. Par la même raison, l'on dira fort bien, il n'a point de livre qu'il n'ait lu ; cette proposition est équivalente à celleci, il n'a pas un seul livre qu'il n'ait lu; chaque livre qu'il a, il l'a lu. Il n'y a point d'injustice qu'il ne commette, c'està-dire, chaque sorte d'injustice il la commet. Est-il ville dans le royaume qui soit plus obéissante : c'est-à-dire, est-il dans le royaume quelqu'autre ville, une ville, qui soit plus obéissante que, etc. ? Il n'y a homme qui sache cela, c'est-à-dire, il n'y a pas un homme qui sache cela , aucun homme ne sail cela.

« Ainsi, c'est le sens individuel qui autorise le relatif, et c'est le sens qualificatif, adjectif ou adverbial, qui fait supprimer l'article ; la négation n'y fait rien, quoi qu'en dise la Grammaire générale. Si l'on dit de quelqu'un qu'il agit en roi, en père, en ami, et qu'on prenne roi, père, ami, dans le sens spécifique, et selon toute la valeur que ces mots peuvent avoir, on ne doit point ajouter qui; mais si les circonstances font connaître qu'en disant roi, père, ami, on a dans l'esprit l'idée particulière de tel roi, de tel père, de tel ami, et que l'expression ne soit pas consacrée par l'usage au seul sens spécifique ou adverbial, alors on peut ajouter qui: il se conduit en père tendre qui, car c'est autant que si l'on disait, comme un père tendre qui; c'est le sens particulier, qui peut recevoir ensuite une détermination singulière. Il est accablé de maux, de dettes, c'est-à-dire, de maux particuliers, ou de dettes particulières qui, etc. Une sorte de fruits qui, etc. Une sorte tire ce mot fruit de la généralité du nom fruit. Une sorte est un individu spécifique, ou un individu collectif. »

M. l'abbé d'Olivet (1) doute que le pronom relatif la puisse être mis après nulle paix dans ce vers d'Esther:

Nulle paix pour l'impie : il la cherche, elle fuit.

« Et moi je n'en doute point du tout, répond un fameux critique (2). On ne doit pas, dit Vaugelas, mettre le relatif

(1) Remarques sur Racine, page 114. (2) Racine vengé, page 129.

après un nom sans article : règle fausse, que personne ne suit à la lettre, et qui en bien des occasions rendrait les plus belles pensées inexprimables, et nous obligerait à chercher de froides et insipides périphrases. »

Le même critique (1) avoue que donner en spectacle funeste est une licence bien hardie; « je n'ose néanmoins, dit-il, l'appeler barbarisme (en vers), comme M. l'abbé d'Olivet, que je ne puis pourtant accuser ici de trop de rigueur. Se donner en spectacle, regarder en pitié, ces locutions n'admettent point d'épithètes, parce qu'elles ne forment, pour ainsi dire, qu'un seul verbe composé. »

Selon M. Du Marsais, « la vivacité, le feu, l'enthousiasme que le style poétique demande, ont pu autoriser Racine à dire:

Nulle paix pour l'impie : il la cherche , elle fuit. Mais cette expression ne serait pas régulière en prose, parce que la première proposition étant universelle négative, et où nulle emporte toute paix pour l'impie, les pronoms la et elle des propositions qui suivent, ne doivent pas rappeler dans un sens affirmatif et individuel, un mot qui a d'abord été pris dans un sens négatif universel. Peut-être pourrait-on dire: nulle paix qui soit durable n'est donnée aux hommes.»

Selon la Grammaire générale (2), on dit affirmativement avec l'article, il a de l'argent, du cour, de la charité, de l'ambition, au lieu qu'on dit négativement sans article, il n'a point d'argent, de cour, de charité, d'ambition; et la raison qu'on en donne, c'est que le propre de la négation est de tout óter.

« Je conviens, dit M. Du Marsais, que, selon le sens, la négation ôte le tout de la chose; mais je ne vois pas pourquoi, dans l'expression, cette négation nous ôterait l'article, sans nous ôter la préposition de. D'ailleurs ne dit-on pas, dans le sens affirmatif sans article, il a encore un peu d'argent, et dans le sens négatif avec l'article, il n'a pas le sou, il n'a plus un sou, il n'a plus rien de l'argent qu'il avait? Par conséquent, la véritable raison de ces façons de parler doit se tirer

(1) Ibid., page 130. (2) Présente édition , page 99.

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