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nière dont les hommes s'en servent pour signifier leurs pensées.

Nous traiterons de l'une dans la première Partie de celle Grammaire, et de l'autre, dans la seconde.

PREMIÈRE PARTIE, .

Où il est parlé des Lettres et des caractères

. de l'Écriture.

CHAPITRE PREMIER (1).

Des Lettres comme sons, et premierement des

Voyelles.

Les divers sons dont on se sert pour parler, et qu'on appelle Lettres, ont esté trouvez d'une maniere toute naturelle, et qu'il est utile de remarquer.

Car comme la bouche est l'organe qui les forme, on a veu qu'il y en avoit de si simples, qu'ils n'avoient besoin que de sa seule ouverture pour se faire entendre et pour former une voix distincte, d'où vient qu'on les, a appelez Voyelles.

Et on a aussi veu qu'il y en avoit d'autres qui, dépendant de l'application particuliere de quelqu'une de ses parties, comme des dents, des lévres, de la langue, du palais, ne pouvoient neanmoins faire un son parfait que par l'ouverture mesme de la bouche, c'est à dire, par leur union avec ces premiers sons, et à cause de cela on les appelle Consonnes.

(1) Dans un ouvrage de grammaire, il est important de faire connailre l'orthographe suivie par l'auteur : c'est pourquoi nous reproduisons ce premier chapitre tel qu'il se trouve dans les éditions originales. Les auteurs de la Grammaire de Porl-Royal ont adopté l'orthographe de leur époque; il n'en est pas de même de Duclos : il a suivi, dans ses Remarques, un système orthographique qui lui est particulier. (Note de l'Editeur).

L'on compte d'ordinaire cinq de ces voyelles, a, e, i, 0, u; mais outre que chacune de celles-là peut estre breve ou longue, ce qui cause une variété assez considerable dans le son ; il semble qu'à considerer la difference des sons simples, selon les diverses ouvertures de la bouche, on auroit encore pû adjouster quatre ou cinq voyelles aux cinq precedentes. Car l’e ouvert et l'e fermé sont deux sons assez differens pour faire deux differentes voyelles, comme mer, abismer, comme le premier et le dernier e dans netteté, dans ferre, etc.

Et de mesme l'o ouvert er l'o fermé, coste et cotte, hoste et hotte. Car quoy que l’e ouvert et lo ouvert tiennent quelque chose du long, et l'e et l'o fermé quelque chose du bref, neanmoins ces deux voyelles se varient davantage, par estre ouvertes et fermées, qu'un a ou un i ne varient par estre longs ou brefs ; et c'est une des raisons pourquoy les Grecs ont plustost inventé deux figures à chacune de ces deux voyelles, qu'aux trois autres.

De plus l'u, prononcé ou, comme faisoient les Latins, et comme font encore les Italiens et les Espagnols, a un son très-différent de l'u, comme le prononçoient les Grecs, et comme le prononcent les François.

Eu, comme il est dans feu , peu , fait encore un son simple, quoy que nous l'écrivions avec deux voyelles.

Il reste l’e muci ou féminin, qui n'est dans son origine qu’un son sourd, conjoint aux consones lorsqu'on les veut prononcer sans voyelle, comme lorsqu'elles sont suivies immédiatement d'autres consonnes, ainsi que dans ce mot, scamnum : c'est ce que les Hebreux appellent scheva, sur-tout lorsqu'il commence la syllabe. Et ce scheva se trouve nécessairement en toutes les langues, quoy qu'on n'y prenne pas garde, parce qu'il n'y a point de caractère pour le marquer. Mais quelques Langues vulgaires, comme l’Alemand et le François, l'ont marqué par la voyelle e, adjoustant ce son aux autres qu'elle avoit déja : et de plus ils ont fait que cét e feminin fait une syllabe avec sa consone, comme est la seconde dans netteté, j'aimeray, donneray, etc. ce que ne faisoit pas le scheva dans les autres Langues, quoy que plusieurs facent cette faute en prononçant le scheda des Hebreux. Et ce qui est encore plus remarquable, c'est que cet e muet fait souvent tout seul en François une syllabe, ou plustost une demie syllabe, comme vie, vrë, aymée.

Ainsi sans considerer la difference qui se fait entre les voyelles d'un mesme son, par la longueur ou breveté, on en pourroit distinguer jusques à dix, en ne s'arrestant qu'aux sons simples, et non aux caracteres ; a, ê, é, i, 0, 0, eu, ou, u, e muet. . .' : REMARQUES ( de Duclos).

Les Grammairiens reconoissent plus ou moins de sons dans une Langue, selon qu'ils ont l'oreille plus ou moins sensible, et qu'ils sont plus ou moins capables de s’afranchir du préjugé.

Ramus avait déjà remarqué 10 voyèles dans la Langue Françoise, et MM, de P.-R. ne difèrent de lui sur cet article, qu'en ce qu'ils ont senti que au n'étoit autre chose qu’un o écrit avec deus caractères; aigu et bref dans Paul, grave et long dans hauteur. Ce même son simple s'écrit avec trois ou quatre caractères, dont aucun n'en est le signe propre, tombeau, berceaus. Notre ortografe est pleine de ces combinaisons fausses et inutiles. Il est assés singulier que l'Abé de Dangeau, qui avoit réfléchi avec esprit sur les sons de la langue, et qui conoissoit bien la Grammaire de P.-R. ait fait la même méprise que Ramus sur le son au, tandis que Wallis, un étranger, ne s'y est pas mépris. C'est que Wallis ne jugeoit les sons que d'oreille, et l'on n'en doit juger que de cète manière, en oubliant absolument cèle dont ils s'écrivent.

MM. de P.-R. n'ont pas marqué toutes les voyèles qu'ils pouvoient aisément reconoître dans notre langue; ils n'ont rien dit des nasales. Les Latins en avoient 4 finales, qui terminent les mots Romam, urbem, sitim, templum, et autres semblables. Ils les regardoient si bien come des voyèles, que dans les vers ils en faisoient l'élision devant la voyèle initiale du mot suivant. Ils pouvoient aussi avoir l'o nasal, tel que dans bombus, pondus, etc. mais il n'étoit jamais final, au lieu que les quatre autres nasales étoient initiales, médiales et finales.

Je dis qu'ils pouvoient avoir l'o nasal ; car pour en être sur, il faudroit qu'il y ut des mots purement latins terminés en om ou on faisant élision avec la voyèle initiale d'un mot suivant, et je ne conois cete terminaison que dans la négation non, qui ne fait pas élision. Si l'on trouve quelquefois servom pour servum, com pour cum, etc. on trouve aussi dans quelques éditions un u au-dessus de l'o, pour faire voir que ce ne sont que deus manières d'écrire le même son, ce qui ne feroit pas une nasale de plus. Nous ne somes pas en état de juger de la prononciation des Langues mortes. La lètre m qui suit une voyèle avec laquele èle s’unit, est toujours la lètre caractéristique des nasales finales des Latins. A l'égard des nasales initiales et médiales, ils faisoient le même usage que nous des lètres m et n.

Nous avons aussi quatre nasales, qui se trouvent dans ban, bien, bon, brun. L'u nasal se prononce toujours eun, c'est un eu nasal. Il faut observer que nous ne considérons ici nos nasales que relativement au son, et non pas à l'ortografe, parce qu'une même nasale s'écrit souvent d'une manière très-diferente. Par exemple, l'a nasals'écrit diféremment dans antre et dans embrasser. L'e nasal s'écrit de 5. manières diferentes, ainsi, bien, frein, faim, vin. Notre ortografe est si vicieuse, qu'il n'y faut avoir aucun égard en parlant des sons de la Jangue; on ne doit consulter que l'oreille.

Plusieurs Grammairiens admètent un i nasal, encore le bornent-ils à la silabe initiale et négative qui répond à l'a privatif des Grecs, come ingrat, injuste, infidèle, etc.; mais c'est un son provincial qui n'est d'usage ni à la Cour, ni à la Vile. I]

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