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tances, et la manière des choses ou des accidents, que les substances subsistent par elles-mêmes, au lieu que les accidents ne sont que par les substances.

C'est ce qui a fait la principale différence entre les mots qui signifient les objets des pensées : car ceux qui signifient les substances ont été appelés noms substantifs ; et ceux qui signifient les accidents, en marquant le sujet auquel ces accidents conviennent, noms adjectifs.

Voilà la première origine des noms substantifs et adjectifs. Mais on n'en est pas demeuré là; et il se trouve qu'on ne s'est pas tant arrêté à la signification qu'à la manière de signifier. Car, parce que la substance est ce qui subsiste par soi-même, on a appelé noms substantifs tous ceux qui subsistent par eux-mêmes dans le discours, sans avoir besoin d'un autre nom, encore même qu'ils signifient des accidents. Et au contraire on a appelé adjectifs ceux mêmes qui signifient des substances, lorsque par leur manière de signifier ils doivent être joints à d'autres noms dans le discours.

Or ce qui fait qu'un nom ne peut subsister par soimême, est quand , outre sa signification distincte, il en a encore une confuse, qu'on peut appeler connotation d'une chose à laquelle convient ce qui est marqué par la signification distincte.

Ainsi la signification distincte de rouge, est la rougeur ; mais il la signifie en marquant confusément le sujet de cette rougeur : d'où vient qu'il ne subsiste point seul dans le discours, parce qu'on y doit exprimer ou sous-entendre le mot qui signifie ce sujet.

Comme donc cette connotation fait l'adjectif, lorsqu'on l'ôte des mots qui signifient les accidents, on en fait des substantifs, comme de colore', couleur ; de rouge, rougeur; de dur, dureté'; de prudcnt, prudence, etc.

Et au contraire, lorsqu'on ajoute aux mots qui signi fient les substances, cette connotation ou signification confuse d'une chose à laquelle ces substances se rapportent, on en fait des adjectifs : comme d'homme, humain, genre humain , vertu humaine, etc.

Les Grecs et les Latins ont une infinité de ces mots: ferreus , aureus , bovinus, vitulinus, ete.

Mais l'hébreu, le français et les autres langues vulgaires en ont moins ; car le français l'explique par un de : d'or, de fer, de bæuf, etc.

Que si l'on dépouille ces adjectifs formés des noms de substances, de leur connotation, on en fait de nouveaux substantifs, qu'on appelle abstraits, ou séparés. Ainsi d'homme ayant fait humain, d'humain on fait humanité, etc.

Mais il y a une autre sorte de noms qui passent pour substantifs, quoiqu'en effet ils soient adjectifs, puisqu'ils signifient une forme accidentelle, et qu'ils marquent aussi un sujet auquel convient cette forme : tels sont les noms de diverses professions des hommes, comme roi, philosophe, peintre, soldat, etc. Et ce qui fait que ces noms passent pour substantifs, est que ne pouvant avoir pour sujet que l'homme seul, au moins pour l'ordinaire, et selon la première imposition des noms, il n'a pas été nécessaire d'y joindre leur substantif, parce qu'on l'y peut sous-entendre sans aucune confusion, le rapport ne s'en pouvant faire à aucune autre; et par-là ces mots ont eu dans l'usage ce qui est particulier aux substantifs , qui est de subsister seuls dans le discours.

C'est pour cette même raison qu'on dit de certains noms ou pronoms, qu'ils sont pris substantivement, parce qu'ils se rapportent à un substantif si général , qu'il se sous-entend facilement et déterminément : comme triste lupus stabulis, sup. negotium; patria,

sup. terra; judæa , sup. provincia. Voyez la Nouvelle Méthode latine.

J'ai dit que les adjectifs ont deux significations: l'une . distincte, qui est celle de la forme ; et l'autre confuse, qui est celle du sujet; mais il ne faut pas conclure de là qu'ils signifient plus directement la forme que le sujet, comme si la signification plus distincte était aussi la plus directe. Car au contraire il est certain qu'ils signifient le sujet directement, et, comme parlent les Grammairiens, in recto, quoique plus confusément ; et qu'ils ne signifient la forme qu’indirectement, et, comme ils parlent encore, in obliquo, quoique plus distinctement. Ainsi blanc, candidus, signifie directement ce qui a de la blancheur, habens candorein, mais d'une manière fort confuse, ne marquant en particulier aucune des choses qui peuvent avoir de la blancheur; et il ne signifie qu'indirectement la blancheur, mais d'une manière aussi distincte que le mot même de blancheur, candor..

CHAPITRE III.

Des Noms propres, et appellatifs ou généraux.

Nous avons deux sortes d'idées : les unes qui ne nous représentent qu'une chose singulière, comme l'idée que chaque personne a de son père et de sa mère, d'un tel ami, de son cheval, de son chien , de soi-même, etc. '.

Les autres, qui nous en représentent plusieurs semblables, auxquelles celle idée peut également convenir, comme l'idée que j'ai d'un homme en général, d'un cheval en général, etc.

Les hommes ont eu besoin de noms différents pour ces deux différentes sortes d'idées.

Ils ont appelé noms propres. ceux qui conviennent aux idées singulières, comme le nom de Socrate , qui convient à un certain philosophe appelé Socrate; le nom de Paris , qui convient à la ville de Paris.

Et ils ont appelé noms généraux ou appellatifs, ceux qui signifient les idées communes : comme le mot d'homme, qui convient à tous les hommes en général ; et de même du mot de lion, chien, cheval, etc.

Ce n'est pas qu'il n'arrive souvent que le mot propre ne convienne à plusieurs, comme Pierre , Jean, etc., mais ce n'est que par accident, parce que plusieurs ont pris un même nom ; et alors il faut y ajouter d'autres noms qui le déterminent, et qui le font rentrer dans la qualité de nom propre, comme le nom de Louis , qui convient à plusieurs, est propre au roi qui règne aujourd'hui, en disant Louis quatorzième. Souvent même il n'est pas nécessaire de rien ajouter, parce que les circonstances du discours font assez voir de qui l'on parle.

CHAPITRE IV.

Des Nombres singulier et pluriel.

Les noms communs qui conviennent à plusieurs, peuvent être pris en diverses façons.

Car, 1° on peut ou les appliquer à une des choses auxquelles ils conviennent, ou même les considérer toutes dans une certaine unité qui est appelée par les philosophes, l'unité universelle.

2° On les peut appliquer à plusieurs tous ensemble, en les considérant comme plusieurs.

Pour distinguer ces deux sortes de manières de signifier, on a inventé les deux nombres : le singulier, homo, homme; et le pluriel, homines, hommes.

Et même quelques langues, comme la langue grecque, ont fait un duel, lorsque les noms conviennent à deux.

Les Hébreux en ont aussi un, mais seulement lorsque les mots signifient une chose double, ou par nature, comme les yeux, les mains, les pieds, etc., ou par art, comme des meules de moulin, des ciseaux , etc.

De là il se voit que les noms propres n'ont point d'eux-mêmes de pluriel, parce que de leur nature ils ne conviennent qu'à un ; et que si on les met quelquefois au pluriel, comme quand on dit les Césars, les Alexandres; les Platons, c'est par figure, en comprenant dans le nom propre toutes les personnes qui leur ressembleraient : comme qui dirait, des rois aussi vail-, lants qu'Alexandre, des philosophes aussi savants que Platon, etc. Et il y en a même qui improuvent cette façon de parler, comme n'étant pas assez conforme à la nature, quoiqu'il s'en trouve des exemples dans toutes les langues; de sorte qu'elle semble trop autorisée pour la rejeter tout-à-fait : il faut seulement prendre garde d'en user modérément.

Tous les adjectifs au contraire doivent avoir un plus riel, parce qu'il est de leur nature d'enfermer toujours une certaine signification vague d'un sujet, qui fait qu'ils peuvent convenir à plusieurs, au moins quant à la manière de signifier, quoiqu'en effet ils ne convinssent qu'à un.

Quant aux substantifs qui sont communis et ongellatifs, il semble que par leur nature ils devraient tous avoir un pluriel ; néanmoins il y en a plusieurs qui n'en ont point, soit par le simple usage, soit par quelque

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