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il disait : « Comme nous l'avons prouvé ci-dessus, » sans que ni dessus ni dessous il n'y eût rien de prouvé.

Cependant, les écrits ne suffisant point au ressentiment des jésuites, ils conseillèrent au chancelier Séguier de porter l'affaire à Rome, et de forcer Arnauld d'aller se défendre en personne. Ce conseil eût prévalu si Arnauld, l'Université, le Parlement, la Sorbonne en corps, n'eussent représenté, en 1644, que « Cette citation était contraire aux lois de l'Eglise de France, qui veulent que les causes nées dans son sein soient jugées par elles, et à celles du royaume qui ne permettent pas qu'un sujet soit justiciable d'un tribunal étranger. » Le gouvernement ne donna pas suite à la citation.

Le P. Nouet ayant traité Arnauld d'hérésiarque pire que Luther et Calvin, et les approbateurs d'aveugles, fut obligé d'en demander pardon à genoux, devant l'assemblée du clergé, en présence du supérieur des jésuites de Paris. Ce triomphe d'Arnauld enflamma d'autant plus la haine de ses adversaires. Les disputes sur la grâce qui s'élevèrent alors vinrent ajouter encore à cette animosité. Arnauld prit le parti de Jansenius, et le soutint avec force.

Jean de Labadie, jésuite pendant quinze ans, sortit de la Société et se lia avec les amis de Port-Royal. Bientôt après il embrassa la réforme de Calvin. Les jésuites triomphèrent à leur tour. Ils écrivirent que le janse, nisme était le chemin qui mène au calvinisme.

Pendant quelque temps Arnauld avait gardé le silence ; mais le refus d'absolution fait sur la paroisse de Saint-Sulpice au duc de Liancourt, s'il ne retirait

sa petite-fille pensionnaire à Port-Royal, et s'il ne renvoyait de son hôtel l'abbé Bourzeis, janseniste, ahuma de nouveau la bile du docteur. Il publia deux leures à cette oocasion ; l'une à une personne de condition, l'autre à un duc et pair. Deux propositions contenues dans ces écrits furent censurées par la Sorbonne, en 1656. La première qu'on appelait de droit, était ainsi conçue : « Les Pères nous montrent un juste dans « la personne de saint Pierre, à qui la grâce, sans la"U quelle on ne peut rien, a manqué dans une occasion er où l'on ne saurait dire qu'il n'a point péché. » La seconde, qu'on appelait de fait : « L'on peut douter que * les cinq propositions condamnées par Innocent X et << par Alexandre VII, comme étant de Jansenius, évêque « d'Ypres, soient dans le livre de cet orateur.» Arnauld avait en pour juges les docteurs contre lesquels il avait écrit et ce même Lescot dont il a été question. Ayant refusé de souscrire à cette censure, il fut exclu de da Faculté, malgré ses protestations contre l'irrégularité de la condamnation. Furent enveloppés dans la même disgrâce soixante-douze docteurs, et plusieurs kicenciés et bacheliers, sur leur refus de prendre part à la censure, que l'on a continué depuis de faire signer à ceux qui voulaient devenir docteurs. ,'.

Cependant Arnauld entretenait une correspondance très étendue et très suivie. Il était l'oracle de son parti; on attendait sa réponse pour agir ou pour se tenir en repos. C'était un général d'armée occupé sans cesse à combiner des plans d'attaque et de défense, à distribuer à ses soldats leursrôles de combattants, à donner du courage aux itimides, à contenir la témérité compromet

tante des audacieux et à se mettre en évidence partout où le péril était menaçant. S'étant aperçu qu'une guerre offensive avec les jésuites lui était plus favorable qu'une guerre défensive, il s'appliqua surtout à combattre les jésuites dans leurs propres retranchements. Parurent successivement les Provinciales dont Arnauld fournit les principaux éléments, Cinq écrits en faveur des curés de Paris contre les casuistes relâchés, la Nouvelle hérésie des jésuites, les Illusions des jésuites dans l'exposé de leur thèse, Remarques sur la bulle d'Alexandre VII contre les censures de Vernaut et d'Amadeus, Cinq dénonciations du péché philosophique, quatre Factum pour les petits neveux de Jansenius, la Morale pratique des jésuites (huit vol.), qui se continua jusqu'à la mort d’Arnauld, etc.

Au milieu de ces luttes perpétuelles, qui donnaient à peine quelque relâche à son esprit, cet homme illustre produisait des ouvrages dont le mérite fera regretter à jamais l'emploi de si grands talents à des controverses stériles et souvent ridicules quant au fond. Il publia ou laissa publier par ses amis en leur fournissant la plus grande partie des matériaux, la Grammaire générale et raisonnée dite de Port-Royal; le Réglement pour l'étude des belles-lettres, la Logique ou l'art de penser, les Nouveaux éléments de Géométrie, les Ren flexions sur l'eloquence des prédicateurs, les Noudelles objections contre les méditations de Descartes, le Traité des vraies et des fausses idées contre Mallebranche, les Reflexions philosophiques, etc. In • Ses ouvrages de théologie et de controverse religieuse sont en très grand nombre. Ils furent l'occupa

tion de toute sa vie, tandis que la Philosophie, la Rhétorique et la Grammaire, sciences dans lesquelles il excella d'ailleurs, ne l'occupèrent, pour ainsi dire, que par circonstance. Ses cuvres complètes, qui ont été publiées à Lausanne en 1780, ne renferment pas. moins de 44 vol. in-quarto.

Arnauld, depuis les troubles qu'avait excités son premier ouvrage, s'était retiré au monastère de PortRoyal. Il ne sortit de cette retraite qu'à la paix de l'E- , glise, en 1668. Il s'était engagé à ne plus rien écrire sur les affaires du jansenisme. Le pape Clément IX, son protecteur secret, l'accueillit alors avec la plus grande distinction, .et lui dit « qu'il ne pouvait mieux employer sa plume d'or, qu'à la défense de l'Eglise.» Il fut également présenté à Louis XIV, curieux de voir un théologien si renommé. « J'ai été bien aise, lui dit ce prince, de voir un homme de votre mérite, et je souhaite que vous employiez vos grands talents à la défense de la religion. » Et toute la cour fêta le savant docteur. Malgré toutes ces marques d'estime et de bienveillance, Arnauld ne put être rétabli en Sorbonne. L'influence de ses adversaires fut toujours un obstacle à sa réintégration.

Durant les premières années qui suivirent la paix de l'Eglise, Arnauld, fidèle à ses engagements, tourna ses armes contre la réforme, et plusieurs ouvrages de controverse le firent redouter des protestants. Mais sa! réconciliation avec ses anciens adversaires ne fut pas de longue durée. Du reste, cette paix, connue sous le nom de paix de l'Eglise, n'existait qu'en apparence. Les parties avaient conservé leurs opinions respec

lives, et la moindre occasion devait rallumer la guerre. Arnauld, avec son esprit inquiet et son humeur belliqueuse, ne fut pas des derniers à recommencer les hostilités. Il abandonna les protestants pour s'attaquer de nouveau aux jésuites, qui semblaient être ses ennemis naturels. Cette animosité contre la Société de Jésus paraissait aux yeux de beaucoup une haine d'éducation. Son père, un des plus célèbres avocats de son temps, s'était surtout distingué par un plaidoyer en faveur de l'Université, dont il était l'élève, contre les jésuites, dont il demandait l'expulsion et sur le compte desquels il mit tout les forfaits de la ligue. Aussi comparait-on le grand Arnauld au jeune Annibal, promettant à son père, dès ses plus tendres années, de faire aux Romains une guerre éternelle.

Arnauld, doué d'un caractère ardent et d'une grande liberté de penser, devait tôt ou tard exciter la défiance de Louis XIV. Ses adversaires firent au reste tous leurs efforts pour arriver à cette fin. Devenu suspect au monarque et regardé comme dangereux à cause des nombreuses visites qu'il recevait, Arnauld fut obligé de se tenir quelque temps caché chez la princesse de Longueville. C'est dans cette circonstance que Boileau, devant qui l'on disait que le roi faisait chercher Arnauld pour qu'on l'arrêtât, répondit: « Le roi est trop heureux pour le trouver. » Le savant docteur ennuyé du soin qu'il devait prendre pour dérober sa personne aux regards de l'autorité, résolut enfin de quitter le royaume. Il se retira d'abord à Mons, dans la Flandre autrichienne. Dans un âge avancé et avec une santé affaiblie par les fatigues, il erra de ville en ville, tou

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