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l'Eglise, ou aimés les livres, ou aime'es les sciences.

30 Mais quand cet accusatif précède le verbe auxiliaire (ce qui n'arrive guère en prose que dans l'accusatif du relatif ou du pronom) ou même quand il est après le verbe auxiliaire, mais avant le participe (ce qui n'arrive guère qu'en vers), alors le participe se doit accorder en genre et en nombre avec cet accusatif. Ainsi il faut dire: la lettre que j'ai écrite, les livres que j'ai lus, les sciences que j'ai apprises , car que est pour laquelle dans le premier exemple, pour lesquels dans le second, et pour lesquelles dans le troisième. Et de même: j'ai écrit la lettre et je l'ai envoyée, etc., j'ai acheté des livres, et je les ai lus. On dit de même en vers: Dieu dont nul de nos maux 'n'a les grâces bornées, et non pas borné, parce que

l'accusatif grâces précède le participe, quoiqu'il suive le verbe auxiliaire.

Il y a néanmoins une exception de cette règle, selon M. Vaugelas, qui est que le participe demeure indéclinable, encore qu'il soit après le verbe auxiliaire et son accusatif, lorsqu'il précède son nominatif: comme, la peine que m'a donné cette affaire; les soins que m'a donné ce procès, et semblables.

Il n'est pas aisé de rendre raison de ces façons de parler : voilà ce qui m'en est venu dans l'esprit pour le français, que je considère ici principalement.

Tous les verbes de notre langue ont deux participes: l'un en ant, et l'autre en é, i, u, selon les diverses conjugaisons, sans parler des irréguliers, aimant, aimė; écrivant, écrit; rendant, rendu.

Or, on peut considérer deux choses dans les participes : l’une, d'être vrais noms adjectifs, susceptibles de genres, de nombres et de cas; l'autre, d'avoir, quand ils sont actifs, le même régime que le verbe: amans virtutem. Quand la première condition manque, on

#appelle les participes gérondifs: comme, amandum i est virtutem; quand la seconde manquel, on dit alors et que les participes actifs sont plutôt des noms verbaux jo que des participes.

Cela étant supposé, je dis que nos deux participes è aimant et aimé, en tant qu'ils ont le même régime si que le verbe, sont plutôt des gérondifs que des parti

cipes: car M. de Vaugelas a déjà remarqué que le par| ticipe en ant, lorsqu'il a le régime du verbe n'a point

de féminin, et qu'on ne dit point, par exemple, j'ai vu

une femmelisante l'Écriture, mais lisant l'Ecriture. · Que si on le met quelquefois au pluriel, j'ai vu des l hommes lisants l'Ecriture, je crois que cela est venu

d'une faule dont on ne s'est pas aperçu, à cause que le son de lisant et de lisans est presque toujours le même, le t ni l's ne se prononçant point d'ordinaire. Et je pense aussi que lisant l'Ecriture , est pour en lisant l Ecriture, in tw legere scripturam : de sorte

que ce gérondif en ant signifie l'action du verbe, de # même que l'infinitif.

Or, je crois qu'on doit dire la même chose de l'autre participe aimé; savoir, que, quand il régit le cas du verbe, il est girondif, et incapable de divers genres et de divers nombres, et qu'alors il est actif, et ne diffère du participe, ou plutôt du gérondif en ant, qu'en deux choses : l’une, en ce que le gérondif en ant est du présent, et le gérondif en ė, i, u, du passé ; l'autre, en ce que le gérondif en ant subsiste tout seul, ou plutôt en sous-entendant la particule en, au lieu que l'autre est toujours accompagné du verbe auxiliaire avoir, ou de celui d'être, qui tient sa place en quelques rencontres, comme nous le dirons plus bas : j'ai aimé Dieu, etc.

Mais ce dernier participe, outre son usage d'être gérondif actif, en a un autre, qui est d'être participe passif, et alors il a les deux genres et les deux nombres,

selon lesquels il s'accorde avec le substantif, et n'a point de régime; et c'est selon cet usage qu'il fait tous les temps passifs avec le verbe être : il est aimé, elle est aimée ; ils sont aimés, elles sont aimées.

Ainsi, pour résoudre la difficulté proposée, je dis que dans ces façons de parler : j'ai aimé la chasse, j'ai aimé les livres , j'ai aimé les sciences, la raison pourquoi on ne dit point : j'ai aimée la chasse, j'ai aime's les livres, c'est qu'alors le mot aimé, ayant le régime du verbe, est gérondif, et n'a point de genre ni de nombre.

Mais dans ces autres façons de parler, la chasse qu'il a AIMÉE, les ennemis qu'il a VAINCUS, ou, il a défait les ennemis, il les a vaincus, les mots aimée, vaincus, ne sont pas considérés alors comme gouvernant quelque chose, mais comme étant régis euxmêmes par le verbe avoir, comme qui dirait quum habeo amatam, quos habeo victos : et c'est pourquoi étant pris alors pour des participes passifs qui ont des genres et des nombres, il les faut accorder en genre et en nombre avec les noms substantifs, ou les pronoms auxquels ils se rapportent.

Et ce qui confirme cette raison, est que, lors même que le relatif ou le pronom que régit le prétérit du verbe, le précède, si ce prétérit gouverne encore une autre chose après soi, il redevient gérondif et indéclinable. Car, au lieu qu'il faut dire : cette ville que le commerce a enrichie , il faut dire : cette ville que le commerce a rendu puissante, et non pas rendue puissante; parce qu'alors rendu régit puissante, et ainsi est gérondif. Et quant à l'exception dont nous avons parlé ci-dessus, page 144, la peine que m'a donné cette affaire, etc., il semble qu'elle n'est venue que de ce qu'étant accoutumes à faire le participe gerondif et indéclinable, lorsqu'il régit quelque chose, et

qu'il régit ordinairement les noms qui le suivent, on a considéré ici affaire comme si c'était l'accusatif de donné, quoiqu'il en soit le nominatif, parce qu'il est à la place que cet accusatif tient ordinairement en notre langue, qui n'aime rien tant que la metieté dans le discours et la disposition naturelle des mots dans ses expressions. Ceci se confirmera encore par ce que nous allons dire de quelques rencontres où le verbe auxiliaire être prend la place de celui d'avoir.

Deux rencontres ou le verbe auxiliaire être prend

la place de celui d'avoir.

La première est dans tous les verbes actifs, avec le réciproque se, qui marque que l'action a pour sujet ou pour objet, celui même qui agit: se tuer, se voir, se connaître; car alors le prétérit et les autres temps qui en dépendent, se forment non avec le verbe avoir, mais avec le verbe étre: il s'est tué, et non pas il s'a tue'; il s'est vu, il s'est connu. Il est difficile de deviner d'où est venu cet usage; car les AHemands ne l'ont point, se servant en cette rencontre du verbe avoir, comme à l'ordinaire, quoique ce soit d'eux, apparemment, que soit venu l'usage des verbes auxiliaires pour

le prétérit actif. On peut dire néanmoins que l'action į et la passion se trouvant alors dans le même sujet, on

a voulu se servir du verbe être , qui marque plus la passion, que du verbe avoir, qui n'eût marqué que l'action; et que c'est comme si on disait : il s'est tué par

soi-même. į Mais il faut remarquer que, quand le participe, comme

tué, vu , connu , ne se rapporte qu'au réciproque se, i encore même qu'étant redoublé, il le précède et le suive, 1 comme quand on dit: Caton s'est tué soi-même; alors

ce participe s'accorde en genre et en nombre avec les

personnes ou les choses dont on parle : Caton s'est lue soi-même; Lucrèce s'est tuée soi-même; les Saguntins se sont tué's eux-mêmes.

Mais si ce participe régit quelque chose de différent du réciproque, comme quand je dis : OE dipe s'est crevé les yeux ; alors le participe ayant ce régime, devient gérondif actif, et n'a plus de genre, ni de nombre; de sorte qu'il faut dire : cette femme s'est creve les yeux; elle s'est fait peindre; elle s'est rendu la maitresse; elle s'est rendu catholique.

Je sais bien que ces deux derniers exemples sont contestés par M. de Vaugelas, ou plutôt par Malherbe, dont il avoue néanmoins que le sentiment en cela n'est pas reçu de tout le monde. Mais la raison qu'ils en rendent, me fait juger qu'ils se trompent, et donne lieu de résoudre d'autres façons de parler où il y a plus de difficulté.

Ils prétendent donc qu'il faut distinguer quand les participes sont actifs, et qu'ils sont passifs: ce qui est vrai; et ils disent que, quand ils sont passifs, ils sont déclinables, et que, quand ils sont actifs, ils sont indé clinables : ce qui est encore vrai. Mais je ne vois pas que dans ces exemples : elle s'est rendu ou rendue la maîtresse; nous nous sommes rendu ou rendus maîtres, on puisse dire que ce participe rendu est passif, étant visible au contraire qu'il est actif, et que ce qui semble les avoir trompés est qu'il est vrai que ces participes sont passifs, quand ils sont joints avec le verbe être ; comme quand on dit : il a été rendu maître ; mais ce n'est que quand le verbe être est mis pour lui-même, et non pas quand il est mis pour celui d'avoir, comme nous avons montré qu'il se mettait avec le pronom réciproque se.

Ainsi, l'observation de Malherbe ne peut avoir lieu que dans d'autres façons de parler, où la signification

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