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veu de l'ancien abbé. Fidèle à ses principes d'humilité, il ne voulut point dépasser le sous-diaconnat; et même, on rapporte que portant à l'excès ce dernier sentiment, il voulut se charger, pendant quelque temps, des fonctions serviles de cuisinier. Il n'en secondait pas moins de tous ses efforts la réforme que l'abbé cherchait à introduire dans son monastère. A la mort de celui-ci, les persécutions vinrent de nouveau troubler, au fond de sa retraite, l'ancien professeur de PortRoyal. Le jansenisme en était toujours la cause. Lancelot, plus que sexagénaire, ne put encore trouver le repos. Il fut exilé en Basse-Bretagne, à Quimperlé, où il mourut, le 15 avril 1695, à l'âge de 79 ans.

Lancelot est surtout renommé comme Grammairien. Outre la Grammaire générale et raisonnée, à laquelle il travailla de concert avec Arnauld, il publia plusieurs ouvrages très estimés, et qui n'ont pas peu contribué à fonder la grande réputation dont jouit PortRoyal. Ces ouvrages sont: 1° Nouvelle Méthode pour apprendre la langue latine, in-8°, 1664. Lancelot est le premier qui se soit affranchi de la coutume de présenter à des enfants les règles du latin en latin même. On peut regarder son livre comme un excellent extrait le ce que Valle, Scaliger, Scioppius, et surtout Sancfius, ont écrit sur la langue latine. On prétend que Louis XIV étudia les éléments du latin dans la Noubelle Méthode. 2°Nouvelle Méthode pour apprendre 'a langue grecque, in-8", 1656. L'auteur tout en proitant du travail de ceux qui avaient écrit avant lui sur

même sujet, sut si bien digérer leurs pensées et leurs recherches, qu'il est devenu lui-même original. La ré

duction des déclinaisons à trois seulement est une heureuse innovation, qui facilite beaucoup l'étude des premiers éléments de la langue grecque. 3° Un abrégé de ces deux excellents ouvrages. 4° Le Jardin des Racines grecques, in-8°, 1657. 5° Une Grammaire italienne. 6° Une Grammaire espagnole, et quelques autres ouvrages de philologie qui viennent encore attester la vaste érudition de ce modeste et sayant proseur.

Tous ces ouvrages ont été publiés sans nom d'auteur. Comme ils étaient spécialement en usage dans les Ecoles de Port-Royal, ils sont connus généralement sous cette dernière qualification.

La Logique de Port-Royal, composée par Arnauld en collaboration avec Nicole, est une cuvre pour le moins aussi estimée que la Grammaire générale d raisonnée. Malgré les progrès de la science philoso phique depuis environ deux cents ans, ce livre est tou jours classique en France; il fait partie de ceux dont la lecture est recommandée, dans les colléges, par le Conseil royal de l'Instruction publique. Nous n'avons donné de cet excellent ouvrage que la partie qui est relative aux propositions. C'était un complément indis pensable à la Grammaire générale et raisonnée, il n'est presque point parlé des propositions, et oùi n'est absolument rien dit de leurs combinaisons on rapports divers qu'elles sont susceptibles d'avoir en tr'elles à l'instar des simples mots. Quelques chapitre de cette seconde partie ont servi de modèles aux Gram mairiens, dans la décomposition du discours que l'o désigne communément sous le nom d'analyse logiqu

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L'engagement où je (a) me suis trouvé, plutôt par rencontre que par mon choix, de travailler aux Grammaires de diverses Langues , m'a souvent

porté à rechercher les raisons de plusieurs choses s qui sont ou communes à toutes les Langues, ou ( particulières à quelques-unes : mais y ayant quel

quefois trouvé des difficultés qui m'arrêtaient , je les ai communiquées , dans les rencontres, à un de

mes amis (b), qui ne s'étant jamais appliqué à cette i sorte de science, n'a pas laissé de me donner beau

coup d'ouvertures pour résoudre mes doutes; et i mes questions même ont été cause qu'il a fait

diverses réflexions sur les vrais fondements de l'art de parler, dont m'ayant entretenu dans la conver

sation, je les trouvai si solides, que je me fis conI (a) Lancelot. -1 (6) Arnauld.

science de les laisser perdre, n'ayant rien vu dans les anciens Grammairiens, ni dans les nouveaux, qui fût plus curieux ou plus juste sur cette matière. C'est pourquoi j'obtins encore de la bonté qu'il a pour moi, qu'il me les dictât à des heures perdues; et ainsi les ayant recueillies et mises en ordre, j'en ai composé ce petit Traité. Ceux qui ont de l'estime pour les ouvrages de raisonnement, trouveront peut-être en celui-ci quelque chose qui les pourra satisfaire, et n'en mépriseront pas le sujet, puisque si la parole est un des plus grands avantages de l'homme, ce ne doit pas être une chose méprisable de posséder cet avantage avec toute la perfection qui convient à l'homme ; qui est de n'en avoir pas seulement l'usage, mais d'en pénétrer aussi les raisons, et de faire par science ce que les autres font seulernent par coutume.

GRAMMAIRE

GÉNÉRALE ET RAISONNÉE.

LA Grammaire est l'art de parler.

Parler, est expliquer ses pensées par des signes que les hommes ont inventés à ce dessein.

On a trouvé que les plus commodes de ces signes étoient les sons et les voix.

Mais parce que ces sons passent, on a inventé d'autres signes pour les rendre durables et visibles, qui sont les caractères de l'écriture, que les Grecs appellent reépe plata : d'où est venu le mot de Grammaire.

Ainsi l'on peut considérer deux choses dans ces signes. La première ; ce qu'ils sont par leur nature, c'est-à-dire, en tant que sons et caractères.

La seconde ; leur signification, c'est-à-dire, la ma

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