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RÉFLEXIONS

SUR

LES FONDEMENTS

DE L'ART DE PARLER,

POUR SERVIR D'ÉCLAIRCISSEMENTS ET DE SUPPLÉMENT

A LA GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET RAISONNÉE,

RECUEILLIES Des auteurs qui ont le mieux approfondi la science grammaticale,

· PAR M. L'ABBÉ FROMANT,
Chanoine de Notre-Dame et Principal du Collége de Vernon.

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PRÉFACE,

l'on expose quels sont les vrais auteurs et les vrais prin

cipes de la Grammaire générale et raisonnéo; combien il y a eu d'éditions du texte ; quelle est la meilleure et quelle utilité on en peut retirer; pourquoi on donne les présentes Réflexions, et quel en est l'objet principal.

On regarde M. Arnauld comme l'auteur de cette Grammaire, - parce qu'il a communiqué ses idées à M. Lancelot, qui le consul

tait sur cette matière. M. Lancelot a composé, des idées de M. Arpauld et des siennes propres, ce pelit Traile, que l'on doit considérer comme un des chefs-d'euvre de l'esprit humain.

Le fameux docteur Antoine Arnauld est assez connu par ses écrits et par ses disgraces : je dirai seulement qu'il était né à Paris le 6 février 1612; qu'il est mort, dans le faubourg de Loo à Bruxelles, le 8 août 1694, âgé de 82 ans, et que son cæur a été rapporté à Port-Royal,

Claude Lancelot, après avoir fait ses études à Paris, sa patrie, alla demeurer à Port-Royal, où il enseigna les humanités avec succès, et contribua à la grande réputation des écoles qu'une société de savants y tenait alors.

La Nouvelle Méthode latine, imprimée chez Antoine Vitré, en 1644, et en 1650; la Nouvelle Méthode grecque et les Racines grecques, chez le même, en 1655; la Nouvelle Méthode italienne, ensuite la Nouvelle Méthode espagnole, chez Le Petit; enfin la Grammaire générale et raisonnée, en 1660, et en 1664, sous le nom du sieur D.T. (1), et quelques autres excellents ouyrages,

(1) Nota. Comme le porte le privilège du 26 août 1659. D.T., c'est-àdire, De Trigoy, ainsi qu'on le lit au bas de l'Epitre dédicatoire de la nouvelle Méthode espagnole, adressée à l'infante d'Espagne Marie-Thérèse d'Autriche, qui épousa Louis XIV, le 9 juin 1660.

attribués en général à messieurs de Port-Royal, passent pour être de la composition du docte et laborieux Lancelot, quoiqu'ils ne soient pas tous de son invention.

En 1666, la princesse Anne-Marie Martinozzi, douairière du prince Armand de Conti, choisit cet écrivain renommé pour précepteur des deux princes ses enfants. La princesse étant morte en 1672, M. l'abbé Fleury, l'historien, fut chargé de l'éducation des princes, à la place de M. Lancelot, qui se retira à l'abbaye de SaintCyran, diocèse de Bourges , où il se fit bénédictin. Ce savant religieux mourut relégué à l'abbaye de Quimperlay, en Basse-Bretagne, le 15 avril 1695, âgé de 79 ans.

La troisième édition de la Grammaire générale et raisonnée, revue et augmentée de nouveau en 1676, contient des additions qui manquent dans les deux éditions précédentes, comme il est aisé de s'en convaincre, particulièrement par la confrontation du chapitre IX de la seconde partie. La quatrième édition, en 1679, chez Le Petit, et la cinquième, en 1709, chez Jean de Nully, sont conformes à la troisième.

M. l'abbé Colins, dans la préface de sa traduction de l'Orateur, de Cicéron (1), conseille la lecture de la Grammaire générale et raisonnée, édition de 1660.

M. l'abbé Goujet, dans sa Bibliothèque française (2), dit que toutes les Grammaires doivent céder, du côté des principes, à la Grammaire générale et raisonnée, que Claude Lancelot, aidé d'Antoine Arnauld, donna en 1664.

MM. Colins et Goujet ne connaissaient pas apparemment le défaut de ces deux premières éditions, ni le mérite de la troisième et des deux suivantes.

L'éditeur qui a donné les Remarques de M. Duclos, était dans le même cas, puisqu'il avait pris d'abord pour modèle le texte imparfait de la seconde édition de Port-Royal. Comme elle est la seule qu'il ait trouvée à la Bibliothèque du roi, il paraît excusable : au reste, dès que je lui ai eu fait apercevoir sa méprise, il l'a réformée, et je puis assurer que cette nouvelle édition-ci contient le texte dans toute son intégrité.

Le P. Bouhours fait entendre (3) que, pour être bon grammairien, il faut posséder parfaitement la Grammaire générale et rai

(1) Page 40.
(2) Tome 1, page 53.
(3) Doutes sur la langue française, 2e édition, page 152

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sonnée. « Les principes y sont exposés ingénieusement, et réduits à des notions plus exactes qu'à l'ordinaire », dit le P. Buffier (1).

Dans la manière d'étudier et d'enseigner les belles-lettres, par rapport à l'esprit et au caur, M. Rollin dit que (2) « entre les livres qui mettront les maîtres en état de bien instruire leurs disciples, on ne doit pas oublier la Grammaire générale et raisonnée de M. Arnauld, où l'on reconnaît le profond jugement et le génie sublime de ce grand homme. »

Comme il y a près de cent ans que cette Grammaire admirable a été faite, il n'est pas surprenant que l'on trouve le style de la préface presque gothique. Le public la verra peut-être volontiers rédigée en meilleur français. La voici :'

« L'engagement où je me suis trouvė, dit Claude Lancelot, plutôt par occasion que par choix, de travailler aux Grammaires de diverses langues, m'a souvent fait chercher les raisons de plusieurs usages qui sont ou communs à toutes les langues, ou particuliers à quelques-unes; mais, comme j'ai quelquefois rencontré des difficultés qui m'arrêtaient, je les ai communiquées à un de mes amis (à Antoine Arnauld), et quoiqu'il ne se fût jamais appliqué à celle sorte de science, il n'a pas laissé de m'aider beaucoup à résoudre mes doutes. Je lui donnai lieu, par mes questions, de faire, sur les vrais fondements de l'art de parler, différentes réflexions qui me parurent plus belles et plus solides, plus curieuses et plus justes que tout ce que j'avais vu dans les anciens grammairiens et dans les modernes. Il eut la bonté, à des moments perdus, de me dicter ces réflexions : je les recueillis avec soin, je les mis en ordre et j'en composai ce petit Traité. Les personnes qui ont du goût pour les ouvrages de raisonnement, pourront trouver ici de quoi se satisfaire, et ce sujet ne leur sera peut-être pas indifférent : car, si la parole est un des plus grands avantages de l'homme, il est beau d'en avoir l'usage, mais il est bien plus beau encore d'en pénétrer les raisons, et de faire avec connaissance ce que les autres ne font que par habitude. »

On voit par l'aveu de M. Lancelot lui-même, que M. Arnauld est le principal auteur de la Grammaire générale et raisonnée : ainsi les journalistes de Trévoux (3) se sont trompés, lorsqu'ils ont avancé le contraire, et ils ne doivent pas dire que cet ouvrage a été

(1) Dans sa Grammaire nouvelle, page 8.
(2) Tome I, page 14.
(3) Juillet 1754.

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