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toujours par o quand elle est inséparable des mots, s'écrit aussi de même en français. Elle perd sa finale devant les voyelles, coadjuteur, coéternel, et quelquefois devant les consonnes, coseigneur, copatron. Elle retient sa finale devant b, m, p: combattre, commettre, compatir. Elle la change en t devant l, colloqué, en r devant r, corriger. Elle la change devant toute autre consonne, en n, etc.

La scrupuleuse attention de ce digne académicien, en parlant des prépositions inséparables, méritait d'être bien imitée par M. Restaut (1), qui aurait pu et aurait dû s'exprimer ainsi.

L'on doit être préféré à on après et, si, ou, que, lorsqu'il est suivi de mots qui ont la même syllabe initiale que ceux-ci, coinmence, continue, corrige, etc. Ainsi l'oreille (et même la décence) demande que l'on dise, et l'on travailla , si l'on peut, ou l'on veut, que l'on commence, que l'on continue, plutôt que, et on travailla , si on peut, ou on veut, etc. Par ces petites réflexions, et par quelques autres, M. Restaut aurait rendu ses principes plus exacts, et il les aurait débarrassés d'une choquante rencontre de lettres : obceniùs non concurrissent litteræ (2).

C'est des prépositions latines ad et de que sont empruntées les prépositions françaises à et de, dont la première (3) (désigne un rapport d'attribution ou de tendance, et l'autre marque un rapport de dérivation ou de dépendance.

La préposition à sert en français, non pour le datif seul , comme le dit l'abbé Regnier (4), mais pour l'accusatif aussi, et même quelquefois pour l’ablatif; c'est-à-dire que, par un mot précédé de la préposition à, on peut exprimer en français une partie des rapports qu'on exprime en latin par le datif seul , ou par une préposition , soit énoncée, soit sousentendue, suivie tantôt d'un accusatif et tantôt d'un ablatif : emporter ses dieux au Latium , inferre deos Latio ; conduire les Troyens au Latium, ducere Teucros in Latium ; c'était la coutume au Latium , mos erat in Latio; régner au Latium, regnare Latio; la machine est conduite à la ville (1) Pages 86 et 388. (2) Cic. Orat., n° 154. (3) Regnier, page 596. (6) Page 150.

et au milieu, mediæque minans illabitur urbi; où portestu tes pas, Mæris ? où vas-tu ? est-ce à la ville ? quo te, Mæri, pedes ? an quò via ducit? in urbem? l'enfant se dispose à . aller à la ville de Sidon ou de Carthage, ad urbem Sidoniam puer ire parat; nous montons à la haute ville de Buthrote, celsam Buthroti ascendimus urbem; il y avait un bois au milieu de la ville, lucus in urbe fuit mediâ; elle s'assit au milieu de la voûte du temple, media testudine templi resedit.

La préposition de sert, non pour le génitif seul, comme le dit la Grammaire raisonnée, elle sert aussi pour l'ablatif; c'est-à-dire que par la préposition de, suivie d'un mot, nous exprimons plusieurs rapports que les Latins expriment par le génitif seul, ou par l'ablatif précédé d'une des prépositions de, a, ab, e, ex, énoncée ou sous-entendue : puiser de l'eau sous les murailles de la ville, sub mænibus urbis aquari; sortir précipitamment de la ville, totâque ex urbe ruere; mes enchantements, ramenez-moi Daphnis de la ville à la maison, ramenez-le-moi, ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite Daphnim; Didon, échappée de la ville de Tyr, à établi son empire ici, imperium Dido Tyriâ regit urbe profecta. · Dans les doutes sur la langue française (1), l'ami que le

P. Bouhours fait parler en homme qui est bon grammairien, · et qui possède parfaitement la Grammaire générale et rai

sonnée, cite, sur le mot auparavant (2), la remarque de Vaugelas et celle-ci (3), comme une règle authentique. Cet ami, d'après Ménage, établit une règle pareille sur les mots autour et à l'entour, dont le premier est préposition, et le second est adverbe. Selon lui, il faut dire : quand la reine parut, elle avait toutes ses filles autour d'elle; on vit la reine et toutes ses filles à l'entour.

(1) Seconde édition, pages 152 el 155.
(2) Troisième édition , page 90.
(3) Présente édition, page 10%.

CHAPITRE XII.

Des Adverbes.

M. l'abbé Girard prétend que les adverbes sont établis pour modifier, que leur caractère essentiel consiste à être de simples modificatifs. Mais ce caractère n'est pas tellement propre à l'adverbe, qu'il ne convienne à presque tous les autres mots ; car, de l'aveu de cet auteur, la dénomination, la désignation, l'évènement et le calcul sont des idées modificatives qui caractérisent les substantifs, les pronoms, les adjectifs, les verbes et les nombres. Il ajoute que l'indication du rapport déterminatif, ou la préposition, devient une nouvelle idée modificative. Si ce Grammairien ne s'était jamais permis de rien avancer dans son ouvrage sans avoir fait un examen profond et rigoureux, s'il s'était servi toujours de l'analyse et des règles de la plus exacte logique, comme il nous l'assure, le parti le plus vrai qu'il avait à prendre était de ne parler de l'adverbe qu'après avoir parlé de la préposition; il aurait trouvé alors tout naturellement la définition de l'adverbe; « car, "comme dit M. Du Marsais, la préposition marque une sorte de relation générale, une espèce de rapport indéterminé, et ee rapport ainsi énoncé sans application particulière, est ensuite fixe, appliqué, déterminé par le nom dont la préposition est suivie. La préposition et le nom réunis forment l'adverbe: avec prudence, prudemment; avec courage, courageusement, etc.)

Un même mot peut être, selon différentes acceptions, adverbe, préposition et conjonction, comme après : il vint après, après vous, après que j'eus parlé.

L'adverbe se joint à un verbe, à un participe, à un adjectif, à un adverbe et à un nom qualificatif. Aimer bien, bien aimé, bien aimable, bien agréablement, être véritablement roi.

On peut dire que l'adverbe a de lui-même un sens complet, au lieu que la préposition n'a d'elle-même qu'un sens incomplet, parce qu'elle suppose nécessairement à sa suite et sous son régime un ou plusieurs mots qui en font le complément et en forment le sens entier (1). La préposition exprime un rapport incomplet, et l'adverbe un rapport complet; ce que fait aussi l'adjectif, en quoi il équivaut à l'adverbe, et est vrai modificatif, selon le P. Buffier, car il marque une circonstance ou une qualité de l'objet, et il s'emploie quelquefois au lieu de l'adverbe. On dit fort bien : fdèle, il tint sa parole, au lieu de dire : il tint fidèlement sa parole; parler haut, chanter juste, frapper fort, au lieu de hautement, justement, avec justesse, fortement.

M. Restaut n'a pas suffisamment réformé la définition défectueuse qu'il avait donnée de ces deux parties d'oraison ; il aurait dû prendre la peine de refondre certains endroits, afin de pouvoir mettre la préposition à sa place naturelle, c'est-àdire, avant l'adverbe, dont il ne paraît pas avoir encore une notion assez exacte, puisqu'il met dans la classe des adverbes des mots qui ne peuvent pas être réduits à une préposition suivie de son complément : tels sont, non , ne, oui, qu'il faut ranger parmi les conjonctions ou les particules qui ont des usages particuliers. L'abbé Regnier (2) avait besoin d'être rectifié à ce sujet : on y réussirait plutôt en suivant M. Du Marsais que M. l'abbé Girard (3), qui appelle ces particules discursives, assertives, c'est-à-dire, interjections.

Entre les onze à douze sortes d'adverbes que l'on distingue dans l'Encyclopédie, les adverbes de lieu m'ont paru mériter une attention particulière.

Il y a quatre manière d'envisager le lieu ; on peut le regarder: 1° comme le lieu où l'on est, où l'on demeure; 2° comme le lieu où l'on va ; 3° comme le lieu par où l'on passe ; 4° comme le lieu d'où l'on vient. C'est ce que les Grammai‘riens appellent, in loco, ad locum, per locum, de loco; autrement, ubi, quò, quà , undè. Les auteurs des Rudiments : (1) Voyez l'abbé Girard, tome II, page 181.

(2) Page 539.
(3) Tome II, pages 316 et 320.

nomment ces quatre derniers mots les quatre questions de lieu, et ils les rangent un peu différemment; mais cela n'importe.

Quand on fait cette question, ubi est ? où est-il? et que l'on répond, ibi est, il est là, ubi et ibi, où et là, sont adverbes : car la question ubi, où, équivaut à in quo loco, en quel lieu ; et la réponse ibi, là, équivaut à in hoc loco, en ce lieu, hic, ici où je suis, istic, où vous êtes, illic, là où il est.

Quand on fait cette question, quò vadis ? où allez-vous ? et que l'on répond, , là, quò et où, et là, sont adverbes : quò équivaut à ad quem locum, eò équivaut à in hunc locum, etc., húc, ici, istůc, là où vous êtes, illùc, là où il est.

Quand on fait cette question, qud ibo? par où irai-je ? l'on peut répondre, hàc, par ici, istàc, par là où vous êtes, illàc, i par là où il est.

Quand on fait cette question, undè venis ? d'où venez-vous? l'on peut répondre, indė, de là, hinc, d'ici où je suis, istinc, de là où vous êtes, illinc, de là où il est.

Qud et hàc sont des adverbes; par ou et par ici sont des équivalents d'adverbes, qui signifient par quel endroit, par cet endroit, per quem locum, per hunc locum.

Undè et indè sont des adverbes; d'où et de , sont des équivalents d'adverbes, ou des prépositions avec leur complément: de quel endroit, de quo loco; de cet endroit, ex hoc loco, etc.

Il y a des mots qui renferment la valeur d'une préposition et de son complément, et qui outre cela font l'office de conjonction, comme quia, parce que, quapropter, c'est pourquoi : on les appelle adverbes conjonctifs.

Examinons, avec M. Du Marsais (1), plusieurs phrases où l'on emploie d'une manière singulière bien, beaucoup, et quelques autres mots qui passent pour adverbes de quantité:

1' Il a de l'argent, il a bien de l'argent, etc.

Il a beaucoup d'esprit, il n'a point d'esprit, etc. L'argent, l'esprit, etc., peuvent être regardés comme des individus spécifiques; alors chacun de ces individus est considéré comme un tout dont on peut tirer une portion. Ainsi, il

(1) Voyez Regnier, page 72; Buffier, 333; Girard, tome II, page 240.

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