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du participe, quoiqu'avec le pronom réciproque se, semble tout-à-fait passive; comme quand on dit : elle s'est trouvé ou trouvée morte; et alors il semble que la raison voudrait que le participe fût déclinable, sans s'amuser à cette autre observation de Malherbe, qui est de regarder si ce participe est suivi d'un nom ou d'un autre participe: car Malherbe veut qu'il soit indéclinable quand il est suivi d'un autre participe, et qu'ainsi il faille dire : elle s'est trouvé morte; et déclinable quand il est suivi d'un nom, à quoi je ne vois guère de fondement.

Mais ce que l'on pourrait remarquer, c'est qu'il semble qu'il soit souvent douteux dans ces façons de parler par le réciproque, si le participe est actif ou passif; comme quand on dit : elle s'est trouvé ou trouvée malade; elle s'est trouvé ou trouvée guérie. Car cela peut avoir deux sens : l'un, qu'elle a été trouvée malade ou guérie par d'autres; et l'autre, qu'elle se soit trouvé malade ou guérie elle-même. Dans le premier“ sens, le participe serait passif, et, par conséquent

g déclinable; dans le second, il serait actif, et, par conséquent, indéclinable; et l'on ne peut pas douter de cette remarque, puisque, lorsque la phrase détermine assez le sens , elle détermine aussi la construction. On: dit, par exemple : quand le médecin est venu, cette femme s'est trouvée morte, et non pas trouvé', parce que c'est-à-dire qu'elle a été trouvée morte par le médecin, et par ceux qui étaient présenis, et non pas qu'elle a trouvé elle-même qu'elle était morte. Mais si je dis au contraire: Madame s'est trouvé mal ce iatin, il faut dire trouvé, et non point trouvée, parce qu'il est clair que l'on veut dire que c'est elle-même qui a trouvé et senti qu'elle était mal, et que partant la phrase est active dans le sens : ce qui revient à la règle générale que nous avons donnée, qui est de ne rendre

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le participe gérondif et indéclinable que quand il régit, et toujours déclinable quand il ne régit point.

Je sais bien qu'il n'y a encore rien de fort arrêté dans notre langue, touchant ces dernières façons de parler; mais je ne vois rien qui soit plus utile, ce me semble, pour les fixer, que de s'arrêter à cette considération de régime, au moins dans toutes les rencontres où l'usage n'est pas entièrement déterminé et assuré.

L'autre rencontre où le verbe être forme les prétérits au lieu d'avoir, est en quelques verbes intransitifs, c'est-à-dire, dont l'action ne passe point hors de celui qui agit, comme aller, partir, sortir, monter, descendre, arriver, retourner; car on dit : il est allé, il est parli, il est sorti, il est rronte, il est descendu, il est arrivé, il est retourné, et non pas, il a alle, il a parti, etc. D'où vient aussi qu'alors le participe s'accorde en nombre et en genre avec le nominatif du verbe : cette femme cst allée à Paris, elles : sont allées, ils sont allés, etc.

Mais lorsque quelques-uns de ces verbes d'intrapsitifs deviennent transitifs et proprement actifs, qui est lorsqu'on y joint quelque mot qu'ils doivent régir, ils reprennent le verbe avoir; et le participe étant gérondif, ne change plus de genre, ni de nombre. Ainsi l'on doit dire : cette femme a monté la montagne, et non pas est monte, ou est montée, ou a montée. Que si l'on dit quelquefois, il est sorti le royaume, c'est par une ellipse, car c'est pour hors le royaume.

REMARQUES.

Il n'y a pas une règle de syntaxe sur laquelle les grammairiens soient plus embarrassés et plus partagés que sur les · participes déclinables : s'ils s'accordaient du moins à faire la

même faute, elle cesserait d'en être une, elle deviendrait un usage, et par conséquent une règle. Puisqu'il n'y a point d'un sage constant sur ce sujet, nous sommes donc encore en droit de consulter la raison, c'est-à-dire, l'analogie. Plus les règles sont conséquentes, plus elles sont faciles à concevoir ; plus les principes s'éclaircissent, plus les règles et les exceptions diminuent.

Peut-être serait-il à désirer que le participe fût toujours indéclinable, soit qu'il suivit, soit qu'il précédât le régime ; on en serait moins exposé à tomber dans des contradictions sur l'emploi des participes.

Mais, puisque tous les écrivains s'accordent à les rendre déclinables en certaines occasions, il faut donc chercher un principe qui fixe les circonstances où le participe doit se décliner. Je vais exposer mon sentiment.

Le participe est déclinable lorsqu'il suit les verbes auxiliaires, et qu'il est précédé d'un pronom à l'accusatif, régi par le verbe auxiliaire et le participe.

Quoiqu'il n'y ait point de cas en français, je me sers du mota d'accusatif, pour éviter une périphrase dans l'application des exemples. L'accusatif est le régime simple, qui marque le terme ou l'objet de l'action que le verbe signifie; et on l'appelle régime simple , par opposition au régime composé, pour lequel on emploie une préposition. Exemple : J'ai donné un livre à Pierre; livre est le régime simple , à Pierre est le régime composé qui répond au datif.

Je dis encore que le pronom est régi par le verbe auxiliaire et le participe réunis, parce qu'ils forment ensemble un temps de verbe actif : le participe seul, en tant que déclinable, est considéré comme un adjectif du pronom; c'est ce qui le rend déclinable.

Passons aux exemples qui développent et confirment le principe.

Exemples : Les lettres que j'ai reçues; les entreprises qui se sont faites.

La justice que vos juges vous ont rendue : on doit dire également pour la syntaxe, que vous ont rendue vos juges , soit que le nominatif précède ou qu'il suive le verbe. Si l'oreille en

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est blessée, il n'y a rien de si aisé que de conserver à la phrase son premier tour, qui est le plus naturel; mais s'il faut ou si l'on veut que le nominatif sinisse la phrase, le participe n'en est pas moins déclinable.

Les prétendues exceptions que des Grammairiens, d'ailleurs très-habiles, ont voulu faire au sujet du participe suivi d'un verbe, sont de pures chimères. S'ils avaient eu un principe fixe et clair, ils n'auraient pas cru voir des exceptions où il n'y en a point; ils auraient vu qu'elles n'ont rien de contraire au principe que je propose.

Exemples : Imitez les vertus que vous avez entendu louer . on ne doit pas dire entendues, parce que le pronom n'est pas régi par le verbe entendre, mais par le verbe louer.

Terminez les affaires que vous avez prévu que vous auriez: on ne doit pas dire prévues, parce que le pronom n'est pas régi par le verbe prévoir, mais par vous auriez.

Elle s'est fait peindre, et non pas faite , parce que le pronom est régi par peindre; c'est-à-dire, elle a fait peindre elle.

Elle s'est crevé les yeux, et non pas crevée, parce que ce sont les yeux qui sont le régime simple de crever, et non pas le pronom qui est le régime composé, au datif et non à l'accusatif; c'est-à-dire, elle a crevé les yeux à elle.

Elle s'est tuée, et non pas tué, parce que le pronom est régi par tuer.

Elle s'est laissée mourir, et non pas laissé, parce que le pronom est le régime de laisser, et non pas de mourir, qui est un neutre sans régime.

Elle s'est laissé séduire, et non pas laissée, parcé que le pronom n'est pas le régime de laisser, mais de séduire qui est actif; c'est-à-dire, elle a laissé séduire elle.

Les Académies se sont fait des objections, et elles se sont répondu sur les difficultés qu'elles s'étaient faites. Je dis d'abord fait et non pas faites, répondu et non pas répondues, parce que le pronom est au datif, et n'est le régime simple ni de faire, ni de répondre; mais je dis faites dans le dernier membre de phrase, parce que le pronom relatif est le régime simple, et le pronom personnel est au datif.

On doit encore dire : elle s'est rendue la maîtresse; elle s'est trouvée guérie; elle s'est rendue catholique.

Le substantif ne change rien à la règle , parce qu'il est pris adjectivement, et qu'il est ici attribut d'un autre substantif, c'est-à-dire, du pronom. Dans les deux autres exemples, le participe déclinable n'est qu'un premier adjectif avec lequel l'autre doit s'accorder, comme le participe s'accorde lui-même par le rapport d'identité, avec le pronom qui en est le substantif. C'est ici que je pourrais faire l'application de la géométrie à la Grammaire, en disant que deux termes ont rapport d'identité entre eux, quand ils ont rapport d'identité avec un troisième.

Ainsi, des cinq exemples de Port-Royal les deux premiers sont justes, mais la raison qu'on en donne ne l'est pas , et les trois autres exemples ne sont pas réguliers.

A l'égard de la particule en, pronominale et relative, elle suppose toujours la préposition de; ainsi , n'étant pas un régime simple, mais un régime composé, elle ne doit point, suivant ce que nous avons dit, influer sur le participe.

Exemples : De deux filles qu'elle avait, elle en a fait une religieuse, et non pas faiie. Le régime simple, ou l'accusatif, est une : Elle a fait une d'elles. Au lieu qu'on doit dire : Elle n'avait que deux filles, elle les a faites religieuses, parce que le pronom les est le régime simple du verbe faire.

Quelques-uns croient qu'il y a un usage qui s'écarte quelquefois de la règle, et admettent des exceptions; mais le motd'usage est aussi équivoque que celui du public.

Nous avons établi un principe dont les applications sont sûres, et il est plus facile de le suivre que d'aller chercher des exceptions vagues. L'embarras qu'on se forme à ce sujet, vient de ce qu'on regarde comme pareils des cas très-différents, et comme différents des cas absolument pareils.

Par exemple, voici deux cas pareils : Les hommes que Dieu a créės; les hommes que Dieu a créés innocents. Ces deux cas sont absolument les mêmes, et il faut créés dans l'un et dans l'autre, par le rapport d'identité de créés et d'innocents avec hommes.

Voici des cas différents, qu'on croit pareils ; et pour rendre la chose plus sensible , j'emploierai le même verbe dans les exemples opposés.

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