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complément, demande le redoublement de la préposition, parce que le génie de notre langue veut que la préposition paraisse à la tête de chaque complément. On dirait donc, c'est la coutume des peuples les plus barbares, ainsi que des plus civilisés , d'avoir un cérémonial pour les actions bliques. »

Selon M. l'abbé d'Olivet, nos superlatifs demandent l'article pour n'être pas confondus avec le comparatif.

1° « Si le superlatif ne vient qu'à la suite du substantif auquel il se rapporte , l'article, quoique déjà exprimé avant le substantif, doit se répéter après ; par exemple, dans cette phrase, les plus savants hommes ignorent quelquefois les plus simples choses , l'article sert en même temps, et au substantif, et au superlatif; mais si l'on met le superlatif après le substantif, il faut répéter l'article, et dire, les hommes lės plus savants ignorent quelquefois les choses les plus simples.

« 2° Le superlatif n'admet jamais que l'article simple, lors même que son substantif a reçu l'article composé : cela est fondé sur ce que le superlatif demande la répétition de l'article, et non la répétition de la préposition incorporée avec l'article. »

M. l'abbé Girard, en s'efforçant d'expliquer et d'étendre ce point de Grammaire, l'a, ce me semble, beaucoup embrouillé.

M. Restaut aurait bien dû insérer cette excellente remarque dans ses Principes raisonnés. Ce Grammairien dit (1) que le superlatif relatif s'exprime, en mettant avant les noms adjectifs le mot plus précédé de le, du , au, ou de la, de la, à la, ou de les, des, aux.

N'eût-il pas été mieux de dire, « en mettant avant les comparatifs d'excès et de défaut, le, du, au, la, de la, à la, les, des, aux. »

Meilleure, pire, et pis, ainsi que tous les adjectifs précédés du mot plus, et tous les participes précédés du mot mieux, sont des comparatifs d'excès.

Moindre, ainsi que tous les adjectifs précédés du mot moins, sont des comparatifs de défaut.

(1) Page 60.

Mettez un des articles ci-dessus avant ces deux sortes de comparatifs, et vous aurez toutes les espèces de superlatifs relatifs; au lieu que, de la manière dont M. Restaut propose sa règle, les mots meilleur, mieux, pire, pis, moindre, moins, quoique précédés d'articles , ne formeraient point de superlatifs. D'ailleurs, « de le, de la de la, de les, » rangés ainsi, ont quelqne chose d'équivoque pour le sens, et de dur pour l'oreille.

M. Restaut n'aurait-il pas dû faire observer 1° que, quoiqu'on ne dise point plus bon comparatif d'excès, on dit cependant aussi bon comparatif d'égalité, et moins bon comparatif de défaut; 2° que les pronoms possessifs absolus, mon, ma, mes, ton, ta, tes, son, sa, ses, notre, nos, votre, vos et leur, opèrent le même effet que l'article pour la formation du superlatif? Mon meilleur domestique, ma plus grande passion, notre ou votre plus fidèle sujet, son ou ton plus tendre ami, ses ou tes plus cruels ennemis, leur moindre souci, etc., énoncent le même degré de supériorité que ces autres expressions, le meilleur de mes domestiques, la plus grande de mes passions (1), etc.

C'est ici le lieu d'examiner certaines phrases où l'on emploie un, suivi d'un nom ou pronom pluriel au génitif, comme 'un des objets, un des points, un des sujets, un des hommes, un de ceux, etc.

M. Restaut prétend que dans ces sortes de phrases un est pris, tantôt dans un sens distinctif, tantôt dans un sens énumératif.

« Un, dit-il, est distinctif quand il exclut toute idée d'égalité, ou que la chose qu'il exprime est mise au-dessus ou audessous de loutes les autres, et cette distinction est marquée par un superlatif. Alors l'adjectif ou le relatif suivant doit être au singulier, parce que c'est un qui en est le substantif ou l'antécédent, et non pas le nom ou pronom pluriel au génitif; les Académiciens se proposeront l'érudition grecque et latine comme un des objets le plus digne de leur application; gésilochus fut un de ceux qui travailla le plus efficacement

(1) Voyez l'abbé Girard, tomc I, page 381.

à la ruine de la patrie ; la magie a toujours été un des sujets sur lequel le pyrrhonisme a le plus triomphé.

« Un est énumératif, quand la chose à laquelle il se rapporte est confondue sans distinction avec d'autres, ou, s'il y a une distinction exprimée par un superlatif suivant, quand cette distinction tombe également sur plusieurs choses; c'est alors le nom ou pronom pluriel au génitif, qui est le substantif ou l'antécédent de l'adjectif ou du relatif suivant, et cet adjectif ou relatif doit être au pluriel, comme dans ces exemples : Cicéron fut un de ceux qui furent sacrifiés à la vengeance des Triumvirs ; le P. Mabillon a été un des hommes les plus savants de notre siècle. On entend que Cicéron ne fut pas le seul sacrifié à la vengeance des Triumvirs , et qu'il peut v avoir eu dans notre siècle des hommes aussi savants qne te P. Mabillon (1). »

Aux exemples précédents, ajoutons les suivants , tous pris au hasard dans les Memoires de l'Académie des Belles-Lettres:

Le dieu Mercure est un de ceux qu'on a le plus multipliė; Philiste fut un de ceux qni le serait le plus utilement; un de ceux qui a le mieux éclairci cette question; ce fut une des choses qui contribua davantage à les lier étroitement; eest" un des points sur lequel on a été le moins partagé; un des

(1) Releyons ici une faute échappée à M. Restaut; après avoir dit * : «! n'y a rien de vicieux dans les phrases suivantes : Clésias est un des premiers qui ait exécuté cette entreprise, etc.,» il ajoute : « Le verbe y est au singulier, parce que le mot un qui le précède est distinctif, et par conséquent nominatif du verbe;» il aurait plutôt fallu dire : « Parce que son nominatif qui , dont il est précédé, est un pronom relatif singulier, dont l'antécédent est le mot un distinctif.» · Même faute dans la phrase suivaute : « Quand on dit : Ctėsias est un des premiers qui ait exécuté cette entreprise, on entend non-seulement que personne ne l'avait exécutée avant lui, mais encore qu'il l'a exécutée avant tous les autres, et qu'il leur en a donné l'exemple : si au contraire on voulait faire entendre que plusieurs l'ont exécutée d'abord, et qu'il est un des premiers qui ont commencé à l'exécuter, il faudrait dire : Clésias est un des premiers qui aient exécuté cette entreprise; alors, comme un serait énumératif, le nominatif du verbe serait des premiers. » M. Restaut aurait dû dire: « Le pronom relatif qui , nominatif du verbe, serait au pluriel, parce qu'il aurait pour antécédent, des premiers, génitif pluriel; par conséquent le verbe aient serait aussi au pluriel.»

* Pages 200 et 201.]

hommes qui pouvait le mieux en juger; ce jour est un de ceux qu'ils ont consacré aux larmes; Callimaque est un de ceux qui a le plus autorisé Rudbeck.

On lit, dans la LXX° des Lettres persannes : un des hommes qui représente le mieux ; et dans la CXXVe Lettre : une des choses qui a le plus exercé ma curiosité.

Le P. Courayer a dit : Catharin lui-même, un de ceux qui a eu le plus de part aux décrets du Concile, etc.; c'estun de ces faux raisonnements qui n'acquiert aucune autorité pour avoir été employé par des auteurs d'ailleurs respectables. Et Despréaux (1) : une des choses encore qui avilit autant le discours, c'est la bassesse des termes.

Malgré toute la peine que M. Restaut a prise pour justifier ces phrases et les précédentes, critiquées par l'auteur des Jugements (2), bien des puristes et d'habiles Grammairiens ne laissent pas de regarder ces locutions comme vicieuses et comme contraires à l'analogie. Ils prétendent que, dans toutes ces occasions, un, loin d'être distinctif, est toujours énumératif; que, s'exprimer de la sorte, c'est faire un nom ou un pronom pluriel, sujet de la troisième personne singulière d'un verbe ; e'est marier un adjectif ou un relatif singulier avec un substantif ou un antécédent pluriel. La distraction sans doute a fait commettre cette faute à des savants qui écrivent bien d'ailleurs, mais qui s'occupent plus des choses que des mots, dit le critique : ainsi , au lieu de nous opiniâtrer à excuser cette faute, au lieu de recourir au prétendu distinctif un, quand nous voulons distinguer une personne d'avec une autre personne, ou une chose d'avec une autre chose, prenons un autre tour; disons simplement: Clésias est le premier qui ait exécuté, etc.; Hégésilochus fut celui qui travailla, etc.; la magie est le sujet sur lequel, etc.; l'érudition est l'objet le plus digne, etc.

Quand nous voulons au contraire confondre une personne avec d'autres personnes, ou une chose avec d'autres choses, disons: Ctésias est un des premiers qui aient exécuté, etc.; Hégésilochus fut un de ceux qui travaillèrent, etc.; la magie

(1) Tr. du subl., chapitre XXXIV. (2) Tome III, page 273.

est un des sujets sur lesquels, etc.; l'érudition est un des objets les plus dignes, etc.

Ne donnons point la torture à notre esprit, pour autoriser des expressions qui paraissent choquer trop sensiblement la Crammaire naturelle, et par conséquent le bons sens et la logique.

L'abbé Régnier (1) demande comment un peut être pris pour un terme indéfini, puisqu'il n'y a rien de moins indéfini et de plus déterminé que ce qui désigne l'unité. Dans la phrase alléguée (2) : un crime si horrible mérite la mort, on ne marque pas, dira-t-on, l'espèce de crime, et cela se pouvant dire de tout crime, un par conséquent, dans cet endroit , est indéfini. Mais l'article le, la , appelé défini , peut aussi être employé d'une manière vague et indéfinie ; car, dans cette phrase : le crime mérite la mort, le est dans un sens aussi indéfini que un dans cette autre phrase : un crime mérite la mort; et quand on dit : un homme sage doit être maitre de ses passions, on ne parle pas plus indefiniment que si l'on disait: l'homme sage doit être maitre de ses passions. Mais ce qu'il y a encore de moins favorable dans l'exemple cité : un si grand crime mérite la mort, c'est que la particule si étant relative, il faut de toule nécessité que, pour dire un si grand crime, l'espèce de crime ait été désignée auparavant, et par conséquent un, dans cette phrase, ne peut être regardé comme article indéfini.

De plus, la langue latine, qui ne connaît point d'articles, se sert pourtant quelquefois d'unus, una, etc., dans une acception toute semblable à celle que l'on appelle ici article indéfini. La première scène de l’Andriène de Térence, où le père de Pamphile dit : fortè unam aspicio adolescentulam, par hasard j'aperçois une jeunc fille, nous en fournit un exemple indubitable. Pourquoi la langue française regarderait-elle comme article, une expression que la langue latine ne regarde pas comme telle ? Les Italtens.et les Espagnols, qui ne se servent guère moins de ces mots que nous, ne les regardent point comme articles : cependant les Espagnols emploient souvent

(1) Page 154.
(1) Présente édition, pages 65 et 69.

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