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peut-être parce que tout cela est regardé comme si essentiel, qu'il est inutile de le marquer par le pronom possessif, et même on n'applique ordinairement ce pronom qu'aux choses qui sont en quelque sorte étrangères à celles dont on parle: car on ne dit pas d'une maison, son corps de loqis , ses pavillons, ses appartements , etc., et on dit fort bien, elle a ses beautés, ses agréments, ses commodités, ses défauts, etc. Quant à l'exemple (1), une maison tombe d'elle-même, il n'appartient point à la quatrième exception, et il n'y peut servir de preuve, parce que de lui-même, d'elle-même, d'euxmêmes, d'elles-mêmes, sont des manières de parler dont le mot même est inséparable , et qui peuvent se dire de toutes sortes de choses, de quelque manière qu'on les considère. »

M. de Vaugelas n'a pas examiné cette règle, sur laquelle Port-Royal (2) avoue qu'il peut y avoir encore d'autres difficultés; cependant, il en a remarqué une autre toute semblable touchant qui et que. Selon ce grand puriste, qui au génitif, au datif et à l'ablatif, ne se dit que des personnes, mais qui au nominatif et que à l'accusatif se disent des personnes et des choses; par exemple, on dira : un livre dont ou duquel les fautes sont corrigées, et non pas : un livre de qui les fautes sont corrigées. On dira : un ouvrage à quoi ou auquel j'ai travaillé, et non pas : un ouvrage à qui j'ai travaillé. On dira : le style dont ou duquel je me sers, et non pas : le style de qui je me sers. On dira également bien : la personne qui est instruite et que j'ai consultée, m'a assuré que ce livre, qui est excellent, et que j'ai augmenté de nouvelles remarques, serait lu du public avec encore plus de satisfaction qu'auparavant.

Dans ces phrases : qui voulez-vous dire ? ah! je sais qui vous voulez dire , qui est employé pour quelle personne, et il est constamment à l'accusatif, dit l'abbé Regnier (3).

Aux pronoms qui se mettent toujours avec un nom sans article, il faut ajouter le singulier notre, votre; aux pronoms qui se mettent toujours avec l'article sans nom, il faut ajouter

(1) Régnier, page 276. (2) Présente édition, page 84. (3) Page 291,

le singulier notre; vôtre. Voyez le texte de la fin de ce cha

pitre (1), et comparez les Remarques de M. Duclos, secrétaire di perpétuel de l'Académie française, avec les observations de

M. l'abbé Regnier, l'un de ses prédécesseurs dans le secrétariat, vous les trouverez également justes et utiles.

CHAPITRE IX.

Du Pronom relatif.

On trouve dans ce chapitre un alinéa et deux additions reit marquables (2), qui manquent aux deux premières éditions

de Port-Royal, ainsi qu'à celle donnée d'abord par Prault (3). u On a eu le soin de substituer, dans cette édition-ci , ce que le

texte de l'édition antérieure avait de moins , et on l'a fait d'après les exemplaires les plus corrects. Il ne me reste plus qu'à faire quelques petites observations sur les phrases latines ci

tées dans ces additions. # Quand Tite-Live, parlant de Junius Brutus (4), dit : is cùm - primorés civitatis, in quibus fratrem suum ab avunculo in

terfectum audisset, in quibus tient lieu de conjonction et de démonstratif ; il est là pour et in his. Je suis étonné que

M. Crevier, dans les excellentes notes qu'il a données sur Tite• Live, n'ait pas inséré ce principe, qui éclaircit la phrase et en

facilite l'explication.

Dans cet autre passage du même Tite-Live (5): M. Flavius, tribunus plebis, tulit ad populum, ut in Tusculanos animadverteretur, quorum eorum ope ac consilio Veliterni populo romano bellum fecissent , Port-Royal prétend que quorum fait là office de conjonction seulement : la preuve qu'il en donne,

(1) Pages 85 et 86.
(2) Voyez pages 91 ,92 et suiv.
(3) Troisième édition de Port-Royal, pages 72,73 et 78.
(4) Livre 1, no 56.
(5) Livre VIII, n° 37.

c'est que quelques Grammairiens pensent qu'il faut lire quod à la place de quorum ; et s'il faut lire avec M. Crevier eorum, ou ex eis quorum , quorum fera alors la fonction de relatif dans ce passage. Mais dans celui de Plaute qui le suit, inter eosne homines condalium te redipisci postulas, quorum eorum unus surripuit currenti cursori solum ? c'est comme s'il y avait, cùm eorum unus surripuerit, quoiqu'on puisse l'interpréter de la même manière que le précédent.

L'exemple que les Rudiments donnent pour prouver l'accord du relatif avec son antécédent, est un exemple défectueux. A cette proposition, Deus quem adoramus, il faudrait ajouter celle-ci, est omnipotens ; l'on verrait alors pourquoi Deus est au nominatif, ce que l'on ne voit pas sans cela.

CHAPITRE X.

Examen d'une règle de la langue française , qui est

qu'on ne doit pas mettre le relatif après un nom sans article.

Messieurs de Port-Royal paraissent restreindre cette règle à l'usage présent de notre langue, et M. Du Marsais (1) la croit de toutes les langues et de tous les temps.

« Un mot qui est au singulier dans le premier membre d'une période, ne doit pas avoir dans l'autre membre un corrélatif adjectif qui le suppose au pluriel ; en voici un exemple tiré de la Princesse de Clèves (2):

« M. de Nemours ne laissait échapper aucune occasion de voir madame de Clèves, sans laisser paraitre néanmoins qu'il les cherchât. Que veut dire les au pluriel avec aucune occasion au singulier (3), demande M. de Valincourt? il eût mieux valu dire: M. de Nemours, sans faire paraitre qu'il cherchât

(1) Voyez le mot article dans l'Encyclopédie. (2) Tome II, page 58, édition de 1704. (3) Lettres sur la princesse de Clèves, édition de 1678, p. 331 et 332.

l'occasion de voir madame de Clèves, n'en laissait pourtant échapper aucune. »

En voici un autre exemple, tiré du Journal de l'Académie française, par M. l'abbé de Choisy (1):

« Un juge fit lever la main à un teinturier, et comme les teinturiers les ont ordinairement noires, il lui dit : Mon ami, ótez votre gant.-Monsieur, répliqua le teinturier, mettez vos lunettes.... Il faut dire : et comme les teinturiers ont ordinairement les mains noires : les, qui est relatif, doit se rapporter à un substantif du même nombre; et pour cette raison, les, qui est un pluriel, ne peut se rapporter à la main, qui est au singulier.» « Par la même raison, dit le Grammairien philosophe (2), si, dans le premier membre de la phrase, vous m'avez d'abord présenté le mot dans un sens spécifique, c'est-à-dire, dans un sens qualificatif adjectif, vous ne devez pas, dans le membre qui suit, donner à ce mot un relatif, parce que le relatif rappelle toujours l'idée d'une personne ou d'une chose, d'un individu réel ou métaphysique, et jamais celle d'un simple qualificatif, qui n'a aucune existence, et qui n'est que mode ; c'est uniquement à un substantif considéré comme substantif, et non comme mode, que le qui peut se rapporter. L'antécédent de qui doit être pris dans le même sens, aussi bien dans toute l'étendue de la période que dans toute la suite du syllogisme : ainsi quand on dit, il a été reçu avec politesse, ces deux mots, avec politesse, sont une expression adverbiale, modificative, adjective, qui ne présente aucun être, ni réel, ni métaphysique. Ces mots, avec politesse, ne marquent point une telle politesse individuelle : si vous voulez marquer une telle politesse, vous avez besoin d'un prépositif, qui donne à politesse un sens individuel, réel, soit universel, soit particulier, soit singulier; alors le qui fera son office. Avec politesse, est une expression adverbiale ; c'est l'adverbe poliment décomposé. Or ces sortes d'adverbes sont absolus, c'est-à-dire qu'ils n'ont ni suite, ni complément; et, quand on veut les rendre relatifs, il faut ajouter quelque mot qui marque la corrélation : il a été reçu si poliment que ; il a été reçu avec.

(1) Opuscules sur la langue. Brunet, 1754. (2) Du Marsais. (Nole de l'Editeur.)

tant de politesse que, etc., ou bien avec une politesse qui, etc.

« En latin même, ces termes corrélatifs sont souvent marqués : is qui, ea quæ, id quod, etc.

« Non enim is es, Catilina, dit Cicéron, ut ou qui ou quem, selon ce qui suit: voilà deux,corrélatifs, is ut, ou is quem; et. chacun de ces corrélatifs est construit dans la proposition particulière. Il a d'abord un sens individuel particulier dans la première proposition, ensuite ce sens est déterminé singu-. lièrement dans la seconde; mais, dans agere cum aliquo inimicè, ou indulgenter, ou atrociter, ou violenter, chacun de ces adverbes présente un sens absolu spécifique, qu'on ne peut plus rendre sans relatif singulier, à moins qu'on n'ajoute et qu'on ne répète les mots destinés à marquer cette singularité; on dira alors, ita atrociter ut, ou, en décomposant l'adverbe, cum atrocitate ut ou quæ, etc. Il arrive souvent, dans la langue latine, qui est presque tout elliptique, que ces corrélatifs n'y sont pas exprimés, mais le sens et les adjoints les font aisément suppléer. Dans ces expressions de Cicéron, sunt qui putent, le corrélatif de qui est philosophi, ou quidam sunt; mitte cui dem litteras, envoyez-moi quelqu'un à qui je puisse donner mes lettres, où vous voyez que le corrélatif est mitte servum, ou puerum, ou aliquem. Il n'en est pas de même dans la langue française : on dit pourtant, pardonnez à qui vous veut nuire, recevez de qui veut vous donner. Ainsi je crois, dit le Grammairien philosophe, que le sens de la règle de i Vaugelas est, que, lorsqu'en un premier membre de période un mot est pris dans un sens absolu, adjectivement ou adverbialement, ce qui est ordinairement marqué en français par la suppression de l'article ou par les circonstances, on ne doit point, dans le membre suivant, ajouter un relatif, ni même quelqu'autre mot qui supposerait que la première expression aurait été prise dans un sens fini et individuel, soit universel, soit particulier ou singulier: ce serait tomber dans le sophisme que les logiciens appellent « passer de l'espèce à l'individu, passer du général au particulier.» Ainsi, je ne peux pas dire, l'homme est animal qui raisonne, parce qu'animal, dans le premier membre, étant sans article, est un nom d'espèce pris adjectivement, et dans un sens qualificatif : or, qui raisonne ne peut

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