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cer que vous êtes sage ou que vous ne l'êtes pas. Ainsi, il y a proposilion directe énoncée par le mode indicatif, et proposition oblique, ou simple énonciation, exprimée par quelqu'un des autres modes du verbe. »

C'est ce que nous appelons affirmation simple ou définie, affirmation modifiée ou indéfinie...

« Toute proposition a deux parties essentielles, continue M. Du Marsais : 1° le sujet, 2° l'attribut: le sujet, c'est le mot qui marque la personne ou la chose dont on juge, ou que l'on regarde avec telle ou telle qualité, avec telle ou telle modification ; l'attribut, ce sont les mots qui marquent ce que l'on juge du sujet. L'attribut contient essentiellement le verbe, parce que le verbe est dit du sujet, et marque l'action de l'esprit qui considère le sujet comme étant de telle ou telle façon, comme ayant ou faisant telle ou telle chose. Observez donc que l'attribut commence toujours par le verbe.

« Le verbe indique nécessairement un sujet et un attribut, et par conséquent il indique une proposition, puisque la proposition n'est qu'un assemblage de mots qui énoncent un jugement porté sur quelque sujet ; ou bien le verbe indique une énonciation, puisque le verbe marque l'action de l'esprit qui adapte ou applique un qualificatif à un sujet, de quelque manière que cette application se fasse.

«Combien de vues de l'esprit sont énoncées en même temps par une seule terminaison ajoutée aux lettres radicales du verbe, s'écrie cet admirable grammairien ! Par exemple, dans amare, ces deux lettres a, m, sont les radicales ou immuables; si à ces deux lettres j'ajoute o, je forme amo:or, en disant amo, je fais connaître que je juge de moi que j'aime, je m'attribue le sentiment d'aimer, je marque donc tout ensemble la vois, le mode, le temps, le nombre, la personne; mais, outre la propriété de marquer tout cela, et outre la valeur particulière de chaque verbe qui énonce, ou l'essence , ou l'existence, ou quelque action, ou quelque sentiment, etc., le verbe marque encore l'action de l'esprit qui applique cette valeur à un sujet, soit dans les propositions, soit dans les simples énonciations, et c'est ce qui distingue le verbe des autres mots qui ne sont que de simples dénominations,

« Si l'attribut contient essentiellement le verbe , il s'ensuit que le verbe n'est pas une simple liaison ou copule, comme la plupart des logiciens le prétendent; il s'ensuit qu'il n'y a point de mot qui soit réduit à ce seul usage. Ainsi, quand on dit, Dieu est tout-puissant, ce n'est pas la toute-puissance seule que l'on reconnaît en Dieu, c'est l'existence avec la toute-puissance : le verbe est donc le signe de l'existence réelle ou imaginée du sujet de la proposition, auquel il lie cette existence et tout le reste. »

Selon Robert Etienne (1), étre dénote l'être, l'existence ou subsistance de chaque chose qui est signifiée par le nom joint avec lui.

« Si l'essence du verbe étre consiste dans la seule affirmation, dit M. l'abbé Girard (2), s'il ‘sert uniquement à lier l'objet (ou l'attribut) au sujet, ce verbe ne doit plus enfermer d'objet (ou plutôt d'attribut ) dans sa propre valeur, et par conséquent ne peut faire avec le seul sujet un sens formé; ce qu'il fait cependant quelquefois : ce qui est touche plus que

ce qui a été.

« Ces deux réflexions paraissent faire tout le fond du système que M. Du Marsais s'efforce d'établir sur le verbe. Qu'il me soit permis d'y opposer les observations suivantes.

« Selon la Grammaire raisonnée (3), le verbe substantif je suis devient souvent adjectif, quand avec l'affirmation il renferme le plus général des attributs, savoir, l'étre; comme dans cette phrase, je pense, donc je suis, c'est-à-dire, je suis un étre, une chose, ou je suis existant. »

De l'aveu de M. l'abbé Girard lui-même (4), bien des mots, des verbes, par exemple (5), qui ont deux acceptions, quoique les mêmes matériellement, c'est-à-dire , 'quoique formés par les mêmes sons ou les mêmes articulations, font néanmoins, par l'institution et la valeur, deux sortes de mots appartenant à différentes espèces dans chacune des acceptions. Outre le

(1) Grammaire française , page 37.
(2) Tome I, page 61.
(3) Chapitre XVIII.
(4) Tome I, page 214.
(5) Tome II, page 47.

verbe étre, que M. Du Marsais appelle verbe simple (1), il regarde tous les autres verbes comme composés ou adjectifs, parce qu'ils renferment le verbe simple et l'attribut. Amat, it aime, c'est-à-dire, il est aimant, etc.

Ainsi le mot est, verbe substantif ou simple, ne signifiant que l'affirmation , diffère beaucoup du mot est, verbe adjectif ou composé, signifiant l'affirmation avec l'existence. Il ne faut pas que l'identité du matériel nous fasse confondre des mots destinés à divers emplois, et totalement différents quant à la signification.

Quand je.dis, Dieu est tout-puissant, c'est la toute-puissance seule que je reconnais, que j'affirme en Dieu pour le moment présent, il ne s'agit point de l'existence, elle est supposée et reconnue ; le verbe est ne signifie que la simple affirmation de l'attribut tout-puissant, qu'il lie avec le sujet Dieu. Le verbe simple ou substantif, je suis, ne porte donc pas toujours avec soi l'idée de l'existence, puisqu'il ne porte avec soi cette idée que quand il est composé ou adjectif, c'est-à-dire, quand il a la même signification que le verbe j'existe : donc la définition que MM. de Port-Royal donnent du verbe est trèsjuste par elle-même; donc les objections de M. l'abbé Girard, loin de la détruire, la confirment; donc les explications ingénieuses par lesquelles M. Du Marsais semble adopter en partie, et réfuter en partie cette définition, ne doivent pas empêcher qu'on ne la soutienne telle qu'elle est énoncée dans la Grammaire générale (2).

(1) Expos. méthod. synt., page 25.

(2) Jean Buxtorf, dont il est parlé dans la Grammaire générale (p. 111), fut un savant allemand du dix-septième siècle. Il professa la langue hébraique à Bâle ; il est auteur de plusieurs bons ouvrages sur cette langue, et en particulier d'une petite Grammaire qui passe pour excellente. La meilleure édition est celle que Rodolphe Leusden en a donnée à Leyde en 1701.

CHAPITRE XV.

Des Temps du Verbe.

La Grammaire générale distingue deux sortes de prétérits, le défini et l'indéfini, ou aoriste. M. l'abbé Girard (1) dit que la seule définition de l'aoriste suffit pour empêcher une méprise entre ce temps et le préterit, et il ne donne ni définition, ni explication de ce mot qui est grec, et qui signifie indéterminé, indéfini, cóPLOTOS, d’a sans et d'opus fin.

Comment ce délicat grammairien a-t-il pu faire usage du mot aoriste , lui qui n'a pas trouvé le mot interjection assez français (2), lui qui ne voudrait admettre que des noms de caractère français d'origine, parfaitement analogues (3), par conséquent plus intelligibles et plus à la portée des personnes qui n'ont point eu de familiarité avec le collège, dont le nombre, dit-il, fait, dans ce que la nation a de spirituel et de poli, une portion considérable.

La remarque de Port-Royal, au sujet du prétérit indéfini ou de l'aoriste, est vraie, dit M. l'abbé Regnier (4), mais l'auteur ne lui a pas donné toute l'étendue et tout l'éclaircissement nécessaires. Ce n'est pas seulement de l'espace du jour dans lequel et duquel on parle, que ce prétérit indéfini est banni de notre langue, il l'est pareillement de l'espace d'une semaine, d'un mois et d'une année, si l'on est encore dans la semaine, dans le mois et dans l'année dont on parle; car j'écrivis cette semaine, ce mois, cette année, ne se dit non plus que j'écrivis ce matin, cette nuit.

Les Hébreux n'ont ni présent, ni imparfait, et ils disent fort hien, creàidi, propter quod locutus sum, au lieu de credo, et

(1) Tome II, page 22.
(3) Tome 1, page 80.
(3) Tome II, page 11.
(4) Page 355.

ideò loquar, j'ai cru, et c'est par cette raison que j'ai parlé, ou je crois, et c'est par cette raison que je parle.

Chez les Grecs, les aoristes s'interprètent, tantôt au présent et tantôt au passé. IpūTOV ŠTlOXÉVal Órcióv ŠOTL TÒ Topãqua (1), d'abord ayez considéré quelle est la chose, c'est-à-dire, considérez ce dont il s'agit; eita tai týy GEQUTCU ÇūGLY xatárabe, ide še dúvaca BOOTCOOL (2), ensuite ayez étudié votre nature, ayez vu si vous aurez pu avoir porté, c'est-à-dire, essayez votre force, examinez si vous pouvez porter le fardeau : Sloxíva!, Baotcoal, qui sont des aoristes premiers , xatua0€, ide, qui sont des aoristes seconds, ont la valeur du présent.

Dans la langue chinoise, les noms sont sans cas, et les verbes sans terminaisons diverses : des articles et des mots auxiliaires distinguent les cas du nom, les modes et les temps du verbe.

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Ce qu'en termes de Grammaire on appelle mode ou moeuf, vient du latin modus , qui signifie manière. L'affirmation est signifiée d'une manière par l'indicatif, et d'une autre manière par le subjonctif, etc. L'indicatif est ainsi nommé, parce qu'il indique simplement l'affirmation. Le subjonctif ou conjonctif est ainsi nommé, parce qu'il joint l'affirmation sous ou avec quelque condition, quelque supposition, ou quelque désir.

Presque tous les Grammairiens n'admettent, en français comme en latin, que quatre modes dans le verbe : l'indicatif, l'impératif, le subjonctif et l'infinitif. M. l'abbé Girard (3) admet six modes, trois indéfinis et trois adaptifs. Les trois indéfinis sont le simple ou l'infinitif, le circonstanciel ou le

(1) Epicteti Enchiridion , page 42.
(2) Lettre sur les sourds et muets, page 81.
(3) Tome II, page 5.

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