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mode comme autre chose ? Serait-il possible qu'une nation reconnue pour éclairée, et accusée de légèreté, ne fût constante que dans des choses déraisonnables ? Telle est la force de la prévention et de l'habitude, que, lorsque la réforme, dont la proposition parait aujourd'hui chimérique, sera faite ( car elle se fera), on ne croira pas qu'elle ait pu éprouver de la contradiction.

Quelques zélés partisans des usages qui n'ont de mérite que l'ancienneté, voudraieni faire croire que les changements qui se soui faits dans l'orthographe ont altéré la prosodie; mais c'est exactement le contraire. Les changements arrivés dans la prononciation obligent tôt ou tard d'en faire dans l'orthographe. Si l'on avait écrit j'avès, francés, etc., dans le temps qu'on prononçait encore j'avois , françois, avec une liphthongue, on pourrait croire que l'orthographe aurait ocnasionné le changement arrivé dans la prononciation ; mais, ittendu qu'il y a plus d'un siècle que la finale de ces mois se prononce comme un è ouvert grave, et que l'on continue toujours de l'écrire comme une diphthongue, on ne peut pas en accuser l'orthographe. Bien loin que la prosodie suive l'orthographe, l'orthographe ne suit la prosodie que de très loin. Nous ne sommes pas encore devenus assez raisonnables pour que le préjugé soit en droit de nous faire des reproches.

« (1) Je croi devoir à cète ocasion rendre conte au lecteur x de la diférence qu'il a pu remarquer entre l'ortografe du x texte et cèle des Remarques. J'ai suivi l'usage dans le texte, - parce que je n'ai pas le droit d'y rien changer ; mais dans la les Remarques j'ai un peu anticipé la réforme vers laquele _* l'usage même tend de jour en jour. Je me suis borné au * refranchement des lètres doubles qui ne se prononcent

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point. J'ai substitué des fet des t simples aus ph et aus th: I l'usage le fera sans doute un jour par-tout, comme il a déjà fait dans fantaisie , fantome, frénésie, tróne, trésor, et dans quantité d'autres mots. « Si je fais quelques autres légers changemens, c'est lou

(1) Nous reproduisons encore ici l'orthographe de l'auteur. (Note de

Édit ur.)

« jours pour raprocher les lètres de leur destination et de « leur valeur.

« Je n'ai pas cru devoir toucher aus fausses combinaisons «e de voyèles , 'tèles que les ai , ei, oi, etc., pour ne pas trop « éfaroucher les ieus. Je n'ai donc pas écrit conétre au lieu de « conoitre, francès au lieu de françois, jamès au lieu de jamais, « frèn au lieu de frein, pène au lieu de peine, ce qui seroit « pourtant plus naturel. La plupart des auteurs écrivent au<< jourd'hui conaitre, paraître, français, etc. Il est vrai que « c'est encore une fausse combinaison pour exprimer le son ce de la voyèle è; mais èle est du moins sans équivoque, puis« que ai n'est jamais pris dans l'ortografe pour une difton« gue, au lieu que oi est une diftongue dans loi, roi, gau« lois, et n'est qu'un é ouvert grave dans conoître, paroître, « François peuple, etc. Ce premier pas fait d'après un illustre « moderne, en amènera d'autres, tels que la supression des << consones oiseuses, aussi souvent contraires que conformes « à l'étimologie. Par exemple, donner , homme, honneur « avec double consone, quoique venus de donare, homo, « honor, et une quantité d'autres. C'est, dit-on, pour mar« quer les voyèles brèves. On a déjà vu dans les Remarques << sur le chapitre iv, la valeur de cète raison. Les étimolo« gistes prétendent encore qu'ils redoublent le t, après un e, « pour marquer qu'il est ouvert, come dans houlette, trom« pette ,etc., ce qui ne les empêche pas d'écrire comète, pro<< phète, etc., sans réduplication du t, quoique dans ces quatre « mots les è soient absolument de la même nature, ouverts << et brefs. On ne finiroit pas sur les inconséquences. Qu'on ( parte, si l'on veut, des étimologies ; mais quelque sistème « d'ortografe qu’on adopte, du moins devroit-on être con« séquent. Je n'ai rien changé à la manière d'écrire les na« sales, quelque déraisonable que notre ortografe soit sur << cet article. En éfet, les nasales n'ayant point de caractères << simples qui en soient les signes, on a u recours à la combi« naison d'une voyelle avec mou n; mais on auroit au moins « dù employer pour chaque nasale la voyèle avec laquele èle « a le plus de raport; se servir, par exemple, de l'an pour « l'a nasal, de l'en pour l'e nasal. Cependant nous employons ! « plus souvent l'e que l'a pour l'a nasal. Cète nasale se trouve

« trois fois dans entendement, sans qu'il y en ait une seule « écrite avec l'a, et quoiqu'il fût plus simple d'écrire antan

« demant. L'e nasal est presque toujours écrit par i, ai, ei; - « fin, pain, frein, etc., au lieu d'y employer un e, come dans

« l’e nasal de bien, entretien, soutien, etc. Je ne manquerois « pas de bones raisons pour autoriser les changemens que j'ai « faits , et que je ferois encore; mais le préjugé n'admet pas « la raison. »

Plusieurs Grammairiens ont déjà tenté la réforme de l'orthographe; et quoiqu'ils n'aient pas été suivis en tout, on leur doit les changements en bien qui se sont faits depuis un temps. Je saisis, pour faire le inême essai, l'occasion d'une Grammaire très-estimée, où l'on remarque les défauts de notre orthographe , et où l'on indique les moyens d'y remédier. D'ailleurs, comme je l'ai fait voir, il s'en faut bien que je me sois permis tout ce que la raison autoriserait; mais il faut aller par degrés : peul-être aurai-je des lecteurs qui ne s'apercevront pas de ce qui en choquera quelques autres. Cependant je me suis permis dans l'orthographe des Remarques plus de changements que je n'en voudrais d'abord ; mais c'est uniquement pour indiquer le but vers lequel on devrait tendre. Je me bornerai, quant à présent , à la suppression des consonnes qui ne se font point entendre dans la prononciation. Les partisans du vieil usage., qui prétendent que la réduplication des consonnes sert à marquer les voyèles brèves, se détromperaient, en lisant quelque livre que ce fût, s'ils y faisaient attention. Je dois bien connaître l'orthographe du Dictionnaire de l'Académie, dont j'ai été, en qualité de secrétaire, le principal éditeur, et je ne crains point d'avancer qu'il s'y trouve. au moins autant de brèves, sans réduplication de consonnes, qu'avec cette superfluité. Si l'on soutient ce prétendu principe d'orthographe, il faut avouer que tous les dictionnaires le contredisent à chaque page. Ceux qui en doutent peuvent aisément s'en éclaircir. M. Du Marsais a supprimé dans son ouvrage sur les Tropes , la réduplication des con

sonnes oiseuses, et plusieurs écrivains ont tenté davantage. « J'avoue ( car il ne faut rien dissimuler ) que la réformation de

notre orthographe n'a été proposée que par des philosophes : il me semble que cela ne devrait pas absolument en décrier le projet. On pourrait presque en même temps borner le caractère a à son emploi d'abréviation de cs, tel que dans Alexandre, et de gz, comme dans exil; mais on écrirait heureus, fâcheus, etc., puisqu'on est déjà obligé de substituer la lettre s dans les féminins heureuse, fâcheuse, etc.

On pourra trouver extraordinaire que j'écrive il a u, ha-. buit, avec un u seul, sans e, mais n'écrit-on pas il a, habet, avec un a seul? Il serait d'autant plus à propos de supprimer l’e, comme on l'a déjà fait dans il a pu, il a vu, il a su, que j'ai entendu des personnes, d'ailleurs très-instruites, prononcer il a éu. Je ne prétends pas au surplus donner mon sentiment pour règle; mais on doit faire une distinction entre un changement subit d'orthographe qui embarrasserait les lecteurs, et une réforme raisonnable, dont les gens de lettres s'apercevraient seuls, sans être arrêtés dans leur lecture.

CHAPITRE VI.

D'une nouvelle manière pour apprendre à lire

facilement en toutes sortes de langues.

:Cette méthode regarde principalement ceux qui ne savent pas encore lire. ' Il est certain que ce n'est pas une grande peine à ceux qui commencent, que de connaître simplement les lettres ; mais que la plus grande est de les assembler.

Or, ce qui rend maintenant cela plus difficile, est que chaque lettre ayant son nom, on la prononce

seule autrement qu'en l'assemblant avec d'autres. Par exemple, si l'on fait assembler fry, à un enfant, 'on lui fait prononcer ef, er, y grec: ce qui le brouille infailliblement, lorsqu'il veut ensuite joindre ces trois zons ensemble, pour en faire le son de la syllabe fry.

Il semble donc que la voie la plus naturelle, comme quelques gens d'esprit l'ont déjà remarqué, serait que ceux qui montrent à lire, n'apprissent d'abord aux enfants à comaître leurs lettres, que par le nom de leur prononciation; et qu'ainsi, pour apprendre à lire en latin, par exemple, on ne donnåt que le même nom d'e à l'e simple, l'æ et l'e, parce qu'on les prononce d'une même façon ; et de même à l'i et à l'y; et encore à l'o et à l'au, selon qu'on les prononce aujourd'hui en France, car les Italiens font l'au diphthongue.

Qu'on ne leur nommât aussi les consonnes que par leur son naturel, en y ajoutant seulement l'e muet, qui est nécessaire pour les prononcer : par exemple, qu'on donnåt pour nom à b, ce qu'on prononce dans la dernière syllabe de tombe ; à d celui de la dernière syllabe de ronde ; et ainsi des autres qui n'ont qu'un seul son.

Que pour celles qui en ont plusieurs, comme c, g 1,8, on les appelât par le son le plus naturel et plus ordinaire, qui est au c le son de que, et au g le son de gue, au t le son de la dernière syllabe de forte, et à l's celui de la dernière syllabe de bourse.

Et ensuite on leur apprendrait à prononcer à part, et sans épeler, les syllabes ce, ci, ge, gi, tia , tie, tii. Et on leur ferait entendre que l's, entre deux voyelles, se prononce comme un z, miseria , misère, comme s'il avait mizeria, mizère, etc.

Voilà les plus générales observations de cette nouvelle méthode d'apprendre à lire, qui serait certainement très-utile aux enfants. Mais pour la mettre

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